ALIENOR - Recherche appliquée à la restauration des dorures à la feuille

La restauration d’éléments dorés, en particulier dans le domaine du mobilier, implique souvent la pose de nouvelles feuilles d’or sur des parties altérées. Or, il est encore difficile de distinguer une dorure originale ou ancienne d’une dorure de restauration actuelle, composition et épaisseur des feuilles ne constituant pas un critère déterminant de la période. Par ailleurs, les techniques et la mise en œuvre traditionnelle ne facilitent pas la différenciation aisée des diverses étapes de dorures. Des produits de substitution de la feuille d’or et de retouche colorée, tels que les micas ou les aquarelles, sont régulièrement employés en restauration, mais leur usage n’est pas toujours pertinent ou suffisamment efficace. Ainsi, disposer d’un moyen de redorure à la feuille traçable et identifiable apparaît comme un besoin de plus en plus pressant et concerne un grand nombre d’objets et de collections, notamment dans les domaines des cadres et du mobilier doré.

La documentation des restaurations, beaucoup plus étoffée aujourd’hui qu’elle ne l’était par le passé, ne semble cependant pas encore suffire pour assurer la transparence sur les interventions induite par la déontologie moderne de la restauration. Elle constitue un outil précis et indispensable, mais elle n’est jamais suffisamment exhaustive pour enregistrer toutes les réintégrations effectuées et l’information n’est pas présente directement sur l’objet.

Ces constats régulièrement renouvelés ont mené à l’élaboration d’un projet de recherche appliquée à la restauration des dorures à la feuille, visant à proposer de nouveaux outils qui permettent une intervention détectable, tout en restant en tout point comparables aux procédés traditionnels des points de vue esthétiques et pratiques.

Le projet Aliénor a ainsi été initié en 2012 par le C2RMF, en collaboration avec le dernier batteur d’or français, la maison Dauvet. Il a porté sur la mise au point d’alliages d’or spécifiques pour la restauration, qui intègrent un marqueur chimique détectable par les analyses mais qui ne modifient pas les caractéristiques de la feuille d’or.

Un procédé de marquage chimique des alliages d’or a été mis au point, analysé, testé et validé : il consiste à introduire de l’indium dans l’alliage d’or, ce qui permet de détecter la restauration par les moyens analytiques de plus en plus accessibles comme la spectrométrie de fluorescence X. Cette modification de l’alliage a été conçue de sorte à assurer cette identification sans pour autant modifier les propriétés physiques, mécaniques et optiques de la feuille d’or, qui conserve ainsi le même aspect esthétique et les mêmes caractéristiques de mise en œuvre que la feuille traditionnelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À gauche : Réalisation de feuilles d’or traditionnel et d’or marqué à l’indium
À droite : Éprouvette dorée à l’or traditionnel et à l’or marqué à l’indium

 

 

Par ailleurs, un procédé de marquage chimique des préparations blanches sous-jacentes a également été développé : il consiste à introduire 1 à 2 % de blanc de titane (TiO2) dans la recette traditionnelle du gros blanc classiquement employé pour les réintégrations. Cette adjonction est aisée à mettre en œuvre et facile à détecter en fluorescence X.

Cf. ci-contre : Spectre d’analyse en fluorescence X de la préparation marquée au blanc de titane.

 

                                 

Ces procédés de marquage chimique, soit de la feuille, soit de la préparation, soit des deux, permettront d’identifier et de localiser scientifiquement les redorures en les distinguant des matériaux d’origine.
Les feuilles d’or marqué sont commercialisées sous l’appellation « Gamme Patrimoine » par la maison Dauvet (ainsi que, prochainement, de la poudre d’or marqué).
L’or marqué à l’indium n’est évidemment pas l’unique réponse aux difficultés que pose la restauration de la dorure aujourd’hui. Il s’agit de proposer un outil complémentaire aux moyens existants pour répondre de manière satisfaisante aux difficultés esthétiques et déontologiques posées par certains types d’objets et certains domaines. Ainsi, lorsqu’il est nécessaire de redorer, parce que la pose de feuilles est la seule réponse pertinente en termes esthétiques et techniques, ces nouveaux produits et procédés constituent des outils supplémentaires pour la restauration patrimoniale.

Ci-dessus : cadre du musée Magnin restauré à l'or marqué

 

Partenaires externes : Maison Dauvet, batteur d'or (Excenevex), Marc Aucouturier (métallurgiste et ancien directeur de recherche au CNRS)

Pilotes C2RMF du programme : Dominique Robcis, Caroline Thomas (département Restauration du C2RMF)
Partenaires C2RMF : atelier de restauration de bois doré de la filière arts décoratifs du département Restauration (Marie-Jeanne Dubois, Stéphanie Courtier, Roland Février et Loïc Loussouarn), équipe AGLAE du département Recherche (Claire Pacheco)

Liens bibliographiques :

  • Darque-Ceretti, Evelyne, Aucouturier, Marc, Felder, Eric, Burr, Alain, Robcis, Dominique, Thomas, Caroline, « New leaf gilding alloys: Physico-chemistry, colour, mechanical behavior », International Journal of Conservation Science, 2015, vol. 6 (special issue), p. 531-540.
  • ROBCIS, Dominique, THOMAS, Caroline, AUCOUTURIER, Marc, « Gold leaf alloys specifically designed for conservation », Proceedings of the interim meeting of the ICOM-CC Metals working group, 26-30 septembre 2016, New Delhi, Inde, p. 235-240 : PDF iconarticle_robcis_thomas_aucouturier_icom_metal_alienor.pdf.
  • THOMAS, Caroline, ROBCIS, Dominique, FEVRIER, Roland, « Innover en restauration du mobilier doré : le projet Aliénor. Mise au point de feuilles d’or spécifiques pour la redorure », Revue en ligne In Situ : revue des patrimoines, 2016, à paraître.