Pratiques artisanales de la couleur (peinture, dorure, vernis) dans l'Antiquité (argile, bois) - Pilina

Par le biais des analyses physico-chimiques de surface, l’étude des figurines polychromées en terre cuite grecque nous livre des informations capitales sur la nature des éléments utilisés par les artisans dans l’Antiquité mais aussi, sur l’organisation et la conception de leur travail (caractérisation des matériaux et techniques picturales, conservation et histoire de la restauration). L’analyse des argiles et de la polychromie des figurines béotiennes hellénistiques avait conduit à l’identification de différents ateliers de coroplathes (fabricants de figurines) et de leurs pratiques artisanales : utilisation notamment d’un type particulier de préparation blanche soit à base de calcite, soit de kaolinite, tandis que les productions de la Grèce orientale (actuelle Turquie) révèlent l’utilisation de pigments au plomb, comme des carbonates ou des vanadates plus complexes. De même les techniques de travail de « dorure », ie. emploi d’une feuille métallique pour la polychromie, ont été appréhendées : feuille d’or pur dont l’épaisseur ne dépasse pas 1 micromètre ou rares restes de feuilles d’étain, sur des supports argileux ou organiques.

Le présent travail vise à déterminer la nature exacte des matériaux employés sur le monde grec entre Ve siècle avant notre ère et le Ier siècle (Turquie, Chypre, Egypte, Macédoine, Grèce) pour les couches préparatoires à la polychromie et les traitements de dorure (nature des feuilles, épaisseur, support), avec leurs propriétés physiques et mécaniques (couleur, texture, adhésion, etc.). L’analyse des matériaux métalliques et minéraux cherche à retracer les échanges économiques des matières premières sur le Bassin Méditerranéen ; la caractérisation des matières colorantes permettra une étude diachronique et transversale de ce type de production.

 

 

Détail de la Dame en Bleu - Tanagra, vers 330-300 av. J.-C

 

1 – Statuette de femme drapée dite « Dame en bleu » (Louvre, MNB 907). Tanagra, vers 330-300 av. J.-C., terre cuite peinte et dorée ; attribuée au « Groupe de la Dame en bleu ». Vue d’ensemble, face. H. 32,5 cm
Copyright : Musée du Louvre

2 – Détail de la bande dorée du bas du manteau, ayant subi un accident (entaille) à l’époque moderne. Encadrée en noir, la zone examinée en microscopie numérique (voir ph.3)
Copyright : C2RMF / Anne Chauvet

3. Vue de la dorure sur le bord de l’entaille, en microscopie numérique (x 140). (1) : préparation blanche. (2) sous-couche grise. (3) assiette jaune ferrugineuse. (4) matière brunâtre (adhésif antique probablement). (5) feuille d’or.
Copyright : C2RMF / Brigitte Bourgeois

 

 

Pour en savoir plus, exemple de caractérisation de feuilles d'or (ENG) : PDF iconcharacterization_of_gold_leaves_on_hellenistic_terracotta_artifacts.pdf

 

Pilotes C2RMF du programme : Brigitte Bourgeois, Sandrine Pagès-Camagna
Partenaires C2RMF : Yvan Coquinot, François Mirambet

Partenaires extérieurs : Musée du Louvre (département des antiquités grecques, étrusques et romaines, Violaine Jeammet), LADIR - UMR7075 (Ludovic Bellot-Gurlet), Institut de Chimie et des Matériaux Paris-Est - UMR 7182 (Léo Mazerolles, Pierre Dubot), Ecole Nationale Supérieure de Chimie Paris (Gilles Wallez), Université Paris X – UMR ArScAn (Anne-Marie Guimier-Sorbets), KERA Athènes (Hariklia Brecoulaki), ORMYLIA (Sophia Sotiroupoulou), Musée national archéologique d’Athènes (Christina Avronidaki, Evangelos, Vivliodetis).