Procédés d’élaboration des verres opacifiés aux antimoniates

Il s'agit de redécouvrir les procédés de fabrication des verres opaques – en particulier ceux opacifiés aux antimoniates depuis l'Egypte antique jusqu'à aujourd'hui. Un verre est rendu opaque par la présence de petits cristaux ou opacifiants répartis dans la matrice vitreuse. L'opacité est produite grâce à un indice de réfraction des cristaux différent de celui de la matrice. Cette recherche engagée en 2006 a permis de redécouvrir les modes de fabrication de différentes productions de verres opaques par une approche originale conjointe de l'archéométrie et de la science des matériaux avec l’emploi de diverses méthodes expérimentales rarement utilisées dans ce domaine, à la fois performantes à l’échelle microscopique et complémentaires. Nos recherches ont permis de mettre au point des critères microstructuraux et analytiques permettant de distinguer les trois modes de fabrication des cristaux envisageables.

Cette recherche se poursuit en explorant une nouvelle production, celle des verres opaques employés pour réaliser les émaux limousins datés du XIIe au début du XIIIe siècle. Nous ignorons aujourd’hui comment ces cristaux ont été obtenus. Dans un premier temps, il s’agit de définir éventuellement d’autres critères d’identification du mode d’opacification pour ces émaux qui se révèlent beaucoup plus complexes que les productions déjà étudiées. Chaque émail opaque coloré est un matériau composite fait d'un mélange hétérogène de grains de verre de différentes composition et natures, plus ou moins opaques et translucides. Cette recherche doit désormais être menée, non plus à l’échelle d’un échantillon de verre, mais à celle d'un grain de verre, dont la taille varie de la centaine à quelques centaines de microns. Dans un second temps, il s’agit de compléter l’étude des tesselles de mosaïque romaines avec, en particulier, la couleur turquoise qui présente des caractéristiques différentes des autres couleurs. Les productions d’émaux et de tesselles seront ensuite comparées entre elles pour bien distinguer les points communs et les divergences. Cette recherche permettra de progresser dans notre connaissance des technologies verrières anciennes, ainsi que dans les pratiques verrières au Moyen Age. Elle apportera en particulier des éléments scientifiques rigoureux pour avancer dans l’étude de l’hypothèse d’un ré-emploi de tesselles par les émailleurs limousins. Ce projet se trouve connecté à la recherche en cours sur les tesselles de mosaïque dorées.

Partenaires extérieurs : Metropolitan Museum de New York (M. Wypyski), Laboratorio di Analisi dei Materiali Antichi (LAMA - Università IUAV, Venise, Marco Verità), ESRF de Grenoble (M. Cotte, J. Susini), Saint-Gobain Recherche Aubervilliers (Marie-Hélène chopinet), UMR 8167 - Orient & Méditerranée (Elisabetta Néri, archéologue, post-doctorante).

Pilote C2RMF du projet : Isabelle Biron
Partenaire C2RMF : Patrice Lehuédé