Restauration du costume du chef indien sioux Spotted Weasel

 

Dans la perspective de sa réouverture en juillet 2017, le musée de la coopération franco-américaine de Blérancourt a confié au C2RMF un costume amérindien et d'autres éléments de costumes provenant d'Amérique.

 

Le costume amérindien compte parmi les rares ensembles complets, coiffe, veste, jambières et mocassins, parvenus jusqu’à nous. Il s'agit du costume du chef indien sioux oglala, Spotted Weasel (Belette-Tâchetée) qui a offert son costume à Joé Hamman en 1904, à l’issue d’une année partagée au sein de la troupe de Williman Frederick Cody - Buffalo Bill.

Joé Hamman, réalisateur et inventeur du Western à la française a gardé ce costume jusqu’à sa mort en 1974. Tout en lui vouant semble-t-il un véritable culte, il l’utilisera à plusieurs reprises pour ses tournages.

Il est entré dans une collection privée à la mort de Joé Hamman avant d’être acquis par le Musée de la Coopération Franco-américaine à Blérancourt en 2014.

 

 

 

 

Réalisé selon la tradition autochtone dans les années 1890, les décors en perles de la veste représentent les exploits marquants de la vie de son premier propriétaire (cf.ci-dessous). Elles sont brodées sur la peau. Les fils cheminent dans la moitié de son épaisseur sans la traverser pour préserver son étanchéité.

 

 

 

 

 

 

 

Parallèlement le musée a confié au C2RMF une paire de mocassins et une aumônière offertes à la Fayette lors de son deuxième voyage en Amérique.

La présentation au public de toutes ces pièces à l’ouverture du musée impliquait un contrôle de leur état et des interventions minimales de conservation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les mocassins et l'aumônière, les interventions ont été limitées :
- dépoussiérage,
- consolidation par doublage des bordures de textiles fragilisées,
- rares remises en forme,
- inspection de contrôle des attaches de perlages.
Pour leur exposition, un rembourrage de mise en volume a aussi été réalisé par une restauratrice de textile.

Les interventions autour du costume ont été beaucoup plus exigeantes aussi bien d’un point de vue méthodologique que dans leur choix éthique : l’usage du costume a imposé une certaine prudence dans les choix de traitement.
Plusieurs techniques de réduction de déchirures des jambières attestent de la temporalité du costume, de ses différents usages et des consolidations, parfois précipitées, qui ont pu être mises en œuvre. Leur lien avec l’histoire de l’objet a imposé de les préserver, tout comme l’empoussièrement qui, par sa nature, sa couleur (ocre, rouge) peut être significatif de traces d’usage du costume. Ainsi, la "patine" apportée par la poussière (sable, sol friable) souvent significative de la couleur du terrain traditionnel où le costume a été porté est préservée, comme trace d'usage.

Parallèlement et précédemment à leur restauration, la présence de ces objets au C2RMF a été mise à profit pour réaliser un travail important de collecte d’informations sur leurs différents matériaux constitutifs. Comme par exemple : la détermination de l’origine animale des peaux, des plumes, de la nature des fils - aussi bien structurels que de consolidations -, de reprises de déchirures.

 

Ce projet s’est achevé par une étude comparative très riche entre les perles constitutives des objets offerts à la Fayette, soit de la fin 18ème-début 19ème siècle avec celles ornant le costume de Spotted Weasel de la fin du 19ème siècle.

 

Des observations par vidéo microscope et sous binoculaire ont été complétées par des analyses des verres colorés formant les perles d’abord par fluorescence X et ensuite à l’accélérateur de particules AGLAE :

  • Les observations visuelles sur les mocassins et l’aumônière de la Fayette révèlent des perles d’une grande diversité de facture. A l’inverse, pour l’ensemble des éléments du costume, les rendus colorés apparaissent d'une grande diversité, tandis que la facture est très homogène.
  • Pour nombre de couleurs, la palette se développe de l’opacité totale à une translucidité plus ou moins prononcée avec nombre de perles dont le rendu est nuancé par des réseaux de bulles.

Ces données analytiques et techniques sont maintenant à mettre en parallèle avec nos connaissances sur l’évolution de la mise en œuvre des verres colorés.