Restauration du cercueil de Tanetchedmout, chanteuse d'Amon

Restauration du cercueil de Tanetchedmout, chanteuse d'Amon

Restauration du cercueil de Tanetchedmout, chanteuse d'Amon

Partager
Origine et date: 
Egypte, probablement Thèbes
XXIème dynastie (1069-945 av. J.-C.)
Artiste(s): 

Le cercueil anthropomorphe de la chanteuse d’Amon, Tanetchedmout, est entré dans les collections du musée du Louvre au 19e siècle. Cercueil intérieur  jusqu’à présent conservé dans les réserves, il a subi dans les années 1980-90 des interventions visant à réassembler les éléments disjoints de son couvercle. Il se caractérise aujourd’hui par un état de conservation hétérogène entre la cuve et le couvercle .

En 2011, ce cercueil a fait l'objet d'un appel au mécénat individuel en vue de sa restauration fondamentale. Arrivé au mois d’août dans les ateliers de restauration du C2RMF à Versailles, une étude préalable à la restauration a été effectuée, comprenant un constat d’état détaillé étayé par un dossier d’imagerie scientifique (radiographies, UV, IR, IR fausses couleurs) et des analyses de polychromie.

Cette étude a permis de mieux appréhender sa technique de mise en œuvre : réalisé en figuier sycomore et chevilles d’acacia, le couvercle représente Tanetchedmout, les bras croisés sur la poitrine, tandis que les parois de la cuve illustrent le Livre de l’Amdouat qui décrit le voyage du soleil pendant les 12 heures de la nuit, notamment les 11e et 12e heures. L’ensemble est assemblé par tenons et mortaises avec des chevilles. La surface du bois a été recouverte d’une couche minérale beige apparentée à de la mouna, sur laquelle une toile puis la couche de préparation blanche ont été appliquées avant la polychromie. 4 étapes de mises en œuvre du décor ont pu être définies : le rouge a été appliqué en premier puis le vert, le bleu et finalement le noir. L’ensemble a ensuite été verni, certaines zones étant toutefois laissées en réserve à l’intérieur.

L’étude de la polychromie a été réalisée grâce à la spectrométrie de fluorescence X et à quatre microprélèvements qui a permis d’identifier la palette utilisée : la présence d’or piment a été identifiée mêlé au vernis pour insister sur cette couleur jaune qui, par extension est assimilée traditionnellement à la chair des dieux.

L'étude et les analyses préalables à la restauration ont mis en évidence les restaurations modernes : nombreux repeints plus ou moins débordant sur l’original, clous utilisés pour conserver les bouchages le long des joints entre les côtés et le fond de la cuve. Elles ont ainsi permis de mieux comprendre les altérations observées notamment sur la cuve : fentes, fissures, lacunes, soulèvements de polychromie.

Après cette étude, le traitement réalisées par les restauratrices ont visé à donner un aspect homogène à la cuve et au couvercle tout en respectant l'authenticité du cercueil. Il y avait plusieurs objectifs :
- stabiliser et consolider le support,
- refixer la polychromie,
- nettoyer la surface.

Il a été décidé de retirer mécaniquement la plupart des repeints et des bouchages qui recouvraient en partie la polychromie originale. Seuls ceux le long du fond et des côtés ont été conservés car ils ne causaient pas de problèmes de conservation et étaient satisfaisant du point de vue esthétique. Les lacunes ont été comblées avec un mélange de poudre de bois et d’acétate de polyvinyle en émulsion, en léger retrait afin d’assurer une continuité visuelle, tout en laissant les lacunes visibles.

L’observation menée au cours de l’étude et de la restauration de l'intérieur de la cuve a mis en évidence la présence de deux mains d’artiste : un maître et son apprenti. La différence de maîtrise au niveau de la composition mais aussi du rendu de certains détails, tels que la représentation des mains par exemple, étaye cette hypothèse.

Ce cercueil fait partie du corpus des cercueils dits à fond jaune (Yellow Coffin) de la 21e dynastie qui font l’objet d’un programme de recherche initié par le musée égyptien du Vatican, le département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre ainsi que le Rijksmuseum de Leyde : le Vatican Coffin Project. Ce projet, auquel le C2RMF est associé, consiste à étudier les cercueils conservés dans ces institutions du point de vue matériel selon une méthodologie et un protocole d’analyse scientifique communs. A terme, les objectifs principaux sont d’étudier la construction technique des cercueils de cette époque et d’identifier des ateliers.