Le Laboratoire de recherche des musées de France

La naissance du laboratoire de recherche des musées de France dans les années 1930 est intimement liée au développement des techniques d'imagerie, plus précisément de radiographie, qui permettent une analyse plus fine des oeuvres. Radiologues et conservateurs perçoivent très rapidement l'intérêt de ces nouveaux outils pour l'authentification des oeuvres.

Dès la fin du 19e siècle, des essais de radiographies de peintures sont réalisés. La radiographie est introduite progressivement au Louvre entre 1920 et 1930. C'est en 1927 que le directeur des musées nationaux, qui s'est associé les compétences du Conservation des arts et métiers, dédie une salle du palais du Louvre à l'analyse des peintures par diverses techniques d'imagerie, dont la radiographie et les examens sous rayons ultraviolets. Les dossiers d’œuvres, comportant photographies et rapports, sont réunis, formant l'embryon de l’actuelle documentation du centre.

 

Inauguration du laboratoire

 

Le laboratoire, alors appelé Institut Mainini, est créé en 1931 grâce à la générosité de deux médecins argentins, les docteurs Fernando Perez et Carlos Mainini. Situé dans l’aile de Flore, l’Institut Mainini est destiné à l’étude scientifique des peintures et œuvres d’art faisant partie des collections nationales ; un atelier de photographie y est adjoint.

L'Institut Mainini devient le Laboratoire d'études scientifiques du musée du Louvre à la mort du dr Perez en 1935. Jacques Dupont, docteur en médecine et assistant au département des peintures au musée du Louvre, est nommé à la tête du laboratoire.

Cette même année, une exposition au musée des beaux-arts de Bruxelles montre les “ Travaux récents du laboratoire du musée du Louvre ”. Pour la première fois, à travers une imagerie variée (photographies en lumière directe, rasante, sous fluorescence d’ultraviolet et radiographies), le public découvre le dessous d'oeuvres très célèbres de Jérôme Bosch, Léonard de Vinci, Chardin ou encore Watteau.

La seconde guerre mondiale marque l’arrêt des études. Le matériel photographique et radiographique ainsi que les dossiers d’œuvres (500 environ) sont mis en caisse et placés dans des dépôts en zone libre.

 

De 1946 à 1968

 

L'activité du Laboratoire reprend dès la fin de la guerre, grâce à la collaboration mise en place en 1946 avec l’institut national d’optique de Paris.

Le laboratoire étend ses activités en aménageant des installations pour analyser les métaux, la céramique, le bois et la pierre ; il réalise des analyses qualitatives et quantitatives pour les départements du musée du Louvre. Des collaborations, notamment avec le CNRS, permettent d'étendre les domaines de recherche.

En 1950, le poste de chef de service du Laboratoire est créé. Magdeleine Hours, attachée de recherches au CNRS, en prend la direction jusqu’en 1982. Le laboratoire diffuse à destination des historiens d’art et conservateurs ses méthodes d’investigation et certains de ses résultats, grâce au Bulletin annuel dont le premier numéro paraît en 1956.

Dès les années 1950, une politique d’expositions est mise en place pour démontrer le rôle des techniques scientifiques dans la compréhension et la conservation de l’œuvre d’art et pour susciter l’intérêt des pouvoirs publics en matière de financement. Citons notamment l'exposition organisée en 1952 pour commémorer le 500e anniversaire de la naissance de Léonard de Vinci, présentée dans la Grande galerie du Louvre puis à l’étranger.

 

De 1968 à 1994

 

En 1968, le laboratoire devient Laboratoire de recherche des musées de France. Grâce au soutien du ministre des Affaires culturelles, André Malraux, le Laboratoire s'installe dans le Pavillon de Flore du musée du Louvre. où deux étages sont consacrés à la photographie scientifique et aux analyses physico-chimiques. L’équipe compte alors seize personnes, conservateurs, chimistes, physiciens.

Une section de physique est créée avec la spectrographie infrarouge, la chromatographie en phase gazeuse ainsi que la diffraction de rayons X ; des scientifiques sont recrutés pour exploiter ce matériel et mettre ces recherches au service de la connaissance des œuvres.

Dans les années 1970, avec la décentralisation, le Laboratoire acquiert un laboratoire itinérant, le Labobus, qui permet de faire des analyses sur place en régions, dans les musées. Souhaitant faire participer les conservateurs des collections aux investigations sur les œuvres dont ils ont la responsabilité, le laboratoire entend également renforcer son rôle pédagogique auprès du public. Les analyses du Labobus sont menées sous les yeux du public. En 1980, une grande exposition, La vie mystérieuse des chefs-d'oeuvre, retrace près de cinquante ans de la science au service de l’art et couronne la carrière de Magdeleine Hours.

La décennie suivante marque une évolution décisive pour le Laboratoire. Entre 1982 et 1991, deux opérations de grande envergure sont conduites : l’implantation de l’Accélérateur Grand Louvre d’Analyse Elémentaire (Aglaé) et l’étude de nouveaux locaux dans le cadre du Grand Louvre. L'accélérateur, long de 26 mètres et pesant 10 tonnes, est construit dans une coque de béton protégée, dans les sous-sols du Carrousel. Il est le point de départ à l’implantation du nouveau laboratoire, qui est construit autour d'un puits de lumière. C'est à cet endroit-là que les vestiges des fours utilisés par Bernard Palissy sont découverts au moment des fouilles.

Durant toutes ces années, la politique de diffusion des résultats évolue. Le Bulletin annuel devient en 1970 les Annales du laboratoire des musées de France, dont le dernier numéro paraît en 1982. Maurice Bernard, directeur du laboratoire entre 1991 et 1994, lance la revue Technè dont le premier numéro, consacré à Nicolas Poussin, sort en 1994.

 

De 1995 à 1998

 

La construction des nouveaux locaux du Laboratoire de recherche des musées de France donne lieu à un concours d'architecture lancé en 1989. L’équipe Jérôme Brunet et Eric Saunier, lauréate, multiplie les innovations techniques pour ces locaux situés à 15 mètres de profondeur. Une dalle de verre longue de 16 mètres supportée par des poutres en verre couvre et illumine cet espace de 5000 m2. Les architectes ont "imaginé introduire dans les entrailles de la terre une sorte de prisme de verre qui viendrait irradier de sa clarté les différents niveaux " cloisonnés de verre. Les locaux sont inaugurés le 16 février 1995 par le ministre de la Culture et de la communication Jacques Toubon et Jean-Pierre Mohen, alors directeur du C2RMF.

En janvier 1996, le Laboratoire de recherche des musées de France s'associe au CNRS pour créer une Unité mixte de recherche UMR-171, la chimie des matériaux constituant les œuvres patrimoniales.