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mosaique thèse
voir légende plus bas © @INP Laurent Bruel

Documenter le rôle des producteurs délégués dans le processus de création et de conservation d'oeuvres d'art contemporaines (thèse) (2023-2026)

Publié le 06/12/2024

 


Dates du programme : 2023 - 2026 | 3 ans


Résumé : 

Nos travaux portent sur l'économie relationnelle entre les acteurs qui « font » l'oeuvre, dans le contexte singulier de la production par délégation d'oeuvres plastiques contemporaines. Le binôme formé par l'artiste et le producteur n'est pas une figure nouvelle dans l'histoire de la création artistique, mais le caractère contemporain des oeuvres provoque cependant un syncrétisme des processus de création et de conservation-restauration dont les objectifs ou la doctrine diffèrent.

L'artiste ou ses ayants droit, tout comme le producteur délégué, sont des interlocuteurs incontournables pour les professionnels qui sont en charge de la préservation des oeuvres, dès lors que la mise au point du protocole d'intervention est entravée par des interrogations relatives à la matérialité des oeuvres et/ou aux objectifs poursuivis par leur auteur. Maillon clé dans la réalisation des oeuvres, le producteur délégué apparait alors également comme une source d'information essentielle à la préservation des oeuvres, d'autant plus qu'on leur confie parfois, dans une forme de persistance de la collaboration avec l'artiste, les opérations de restauration des oeuvres qu'ils ont contribué à produire.

La position du producteur délégué qui devient restaurateur, en miroir de celle qu'adopterait l'artiste s'il devenait le restaurateur de ses propres oeuvres, vient questionner les principes méthodologiques et déontologiques de la conservation-restauration qui reposent notamment sur une prise de distance avec le temps de la création. Ce syncrétisme de démarches et doctrines qui diffèrent en substance et en finalité, est également propre aux oeuvres qui nous sont contemporaines, la question ne se posant pas dans les mêmes termes avant l'émergence des conceptions actuelles de la conservation-restauration et l'établissement de celle-ci en discipline, puisqu'il était alors d'usage que les restaurations soient conduites par des artistes.

Aujourd'hui, avoir recours à celui qui a fait l'oeuvre pour la restaurer pourrait laisser penser qu'un mouvement contraire aux fondements théoriques et méthodologiques de la conservation-restauration se produit. S'il pose question, les multiples causes de ce phénomène doivent être prises en compte : la connaissance fine de l'oeuvre de la part du producteur ; la relation de confiance entre artiste et producteur ; la valeur de contemporanéité associée à l'oeuvre qui lui confère un caractère « vivant » et induit une faible tolérance face à l'altération ; le recours à des procédés de fabrication mécaniques, industriels et/ou reproductibles ; la primauté du concept sur la matière ; etc.

S'agissant des oeuvres contemporaines, on observe une porosité manifeste des frontières entre les écosystèmes des processus de création et de conservation, avec certaines figures, notamment celle du producteur délégué et celle du conservateur-restaurateur qui, selon les contextes, peuvent être amenées à passer de l'un à l'autre. À ces occasions, la coexistence de ces temps, dits distincts et autonomes dans les objectifs qu'ils visent, mène néanmoins les acteurs de chaque processus à observer un glissement de leurs prérogatives et à repenser leurs pratiques. La coexistence de ces temporalités, création et conservation-restauration, nous a conduit à nous intéresser aux rôles et statuts des producteurs délégués dans l'économie de ces deux moments de la vie des oeuvres auxquels ils participent, à analyser la nature de leurs interactions ainsi que leurs rapports aux autres acteurs présents dans ces écosystèmes professionnels, et à interroger la façon dont ils sont reconnus du point de vue de l'histoire de l'art et des pratiques, de l'organisation du travail, des droits de la propriété intellectuelle, social et du patrimoine culturel, notamment par rapport aux autres figures avec lesquelles leur rôle peut se (con)fondre : les artistes et les conservateurs-restaurateurs.

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légende : Philippe Bouveret, artiste et assistant de Jean Tinguely ; Milena Paez-Barbat et Anne Cadenet, respectivement chargée de collection et responsable des collections du CAPC musée d’art contemporain de la ville de Bordeaux ; Didier Marcel, Sylvain Quidant et Olivier Mesplomb, respectivement artiste, co-gérants de la société Cogitech ; Frédéric Latherrade, directeur de Zébra3 ; l’atelier de la société Prélud ; Frédéric Pain et Ingrid Michel, co-dirigeants de la société Binôme ; Olivier Filippi, Adriana Gutiérrez et Christophe Soto, respectivement régisseur, directrice et président de la société Avila - Atelier Soto ; Sophie Webel, ancienne directrice de la Fondation Dubuffet ; Laurent Chrétien, métallier et monteur en bronze.