La dérision du Christ de Cimabue - Étude de l'œuvre
Publié le 02/10/2024
L’étude conduite au C2RMF dans le cadre d’une acquisition comme trésor national, a précisé d’une part les matériaux et la technique picturale de l’artiste et d’autre part a évalué son état de conservation. Son attribution stylistique à Cimabue s’appuyait par ailleurs sur un rapprochement de la composition avec deux autres tableaux (National Gallery de Londres et pour l’autre à la Frick collection à New York).
Le support est une fine planche de peuplier à fil vertical. La confrontation de sa radiographie avec celle de la Vierge à l’Enfant de Londres a permis de confirmer que les deux compositions proviennent de la même planche, la Dérision étant positionnée au-dessous de la Vierge.
La préparation à base de gesso présente une barbe en bas et à gauche, indiquant que la composition a été préparée dans un cadre dont la dorure a été retrouvée sous la couche picturale au microscope, sur ces mêmes côtés. Sur le bord droit, la fluorescence X identifie au contraire du vermillon, sous un repeint noir, qui témoigne d’une limite peinte rouge. La mise en place de la composition s’est effectuée à l’aide d’un dessin sous-jacent.
La palette est prestigieuse avec une abondance de lapis lazuli et de laque rouge. Du vermillon, des ocres, de la terre verte, de l’orpiment, et du blanc de plomb sont également présents, sans exclure la présence possible de minium. La feuille d’or est posée sur un bol dans le fond, orné d’une bordure incisée et poinçonnée.
L’état de conservation se caractérise par l’usure d’une couche picturale particulièrement fine, ayant entrainé divers repeints et la perte de lisibilité de la composition et notamment du bandeau qui couvrait les yeux du Christ modifiant ainsi l’iconographie représentée. L’existence d’un épais verni gris brun opacifié modifie considérablement le chromatisme de la composition.
En conclusion le tableau présente des caractéristiques matérielles similaires aux deux petits tableaux de Londres et de New-York confortant l’hypothèse de leur appartenance à un même ensemble. L’analyse radiographique confirme définitivement la continuité des supports du Christ moqué et de la Vierge. Les restes d’une limite peinte rouge à droite du premier plaide aussi pour une continuité avec la Flagellation ; Le tableau a été acquis par le Musée du Louvre en octobre 2023.
Pilote C2RMF : Elisabeth Ravaud, Département Recherche, groupe peinture, peinture de chevalet
Conservateurs responsables :
- Sébastien Allard, chef du département des peintures, Louvre
- Thomas Bohl, conservateur du patrimoine en charge des peintures italiennes, Louvre
Lieu de conservation : Musée du Louvre (Paris)