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En 2015, une équipe de l’Inrap mettait au jour dans l’Aube, en Champagne, une nécropole occupée de l’âge du Bronze à la fin de l’Antiquité. Au cœur de celle-ci, un très vaste monument accueillait la tombe d’un personnage de premier plan, décédé au milieu du Ve siècle avant notre ère. 62 ans après la princesse de Vix, la tombe du prince de Lavau est une découverte d’exception qui, elle, a bénéficié d’une fouille minutieuse et d’un programme de recherches ambitieux. 10 ans après, les restaurations s’achèvent : où en sont les recherches ? Comment préparer les objets à leur présentation au public et assurer leur conservation ?
 
La DRAC Grand-Est assure le contrôle scientifique des opérations archéologiques menées sur la nécropole de Lavau. La commune de Lavau est propriétaire du mobilier avec l’Etat et la ville de Troyes contribue financièrement aux travaux de restauration.  
 
Une grande partie du mobilier issu des fouilles a été confié au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) par le ministère de la Culture en juillet 2015 - limitant ainsi les risques liés aux transferts vers de multiples infrastructures de recherche - pour des travaux d’analyses scientifiques et de conservation-restauration, en vue d’être exposé dans un musée. Parallèlement, dans le cadre du PCR (Projet Collectif de Recherche) piloté par l'INRAP, un travail pluridisciplinaire associant de nombreux chercheurs a été mené.

Chaudron avant restauration, présente de nombreuses marques de corrosion et semble fragile
Chaudron de la tombe princière de Lavau avant restauration © C2RMF Jean-Louis Bellec

Un programme de recherche ambitieux pour une découverte unique

Sur le complexe funéraire 

Unique en son genre, ce monument hors normes est composé d’un vaste enclos quadrangulaire, d’un portique monumental donnant accès à la tombe par une rampe, le dispositif étant scellé d’un tumulus. 

Le contexte régional, exploré au travers d’une thèse de doctorat, met en avant la place privilégiée de Lavau au sein d’un réseau de relations à longues distances. Autour de la Petite Seine, Lavau comme Vix apparaissent comme les pôles dominants de territoires organisés, de petits « états émergents » préfigurant les cités gauloises des siècles suivants.

Un premier volume de la monographie du site, consacré au Complexe funéraire monumental de Lavau est paru récemment (Gallia, 2024).

Sur l’étude matérielle des objets 

La plate-forme analytique du C2RMF permet d’obtenir des informations sur la nature des matériaux (composition précise du torque en or contenant également des traces d’argent et de cuivre, par exemple), ainsi que sur leur structure, le mode d’assemblage, et les décors, grâce notamment à la radiographie et tomographie. Les résultats obtenus par les chercheurs du centre contribuent ainsi à apporter des éléments de réponse sur les processus technologiques mis en jeu lors de la fabrication des objets – les traces d’outils et d’usure observés sur les bijoux, l’identification de brai de bouleau utilisé comme adhésif pour l'application de tôles d'or et d’argent sur l’œnochoé ou encore, la provenance des argiles de la bouteille cannelée par exemple. La caractérisation de la boisson fermentée contenue dans plusieurs récipients permet, quant à elle, d’en savoir plus sur les pratiques funéraires et sur les fonctions du mobilier. Les examens radiographiques pratiqués sont également importants pour déterminer le niveau de dégradation des objets, afin d’orienter les opérations de restauration et aider à définir les protocoles de conservation-restauration.

Un phénomène princier

La découverte en 2015 de Lavau constituait une occasion unique pour l’archéologie moderne de renouveler les connaissances sur le phénomène princier. Le tropisme des élites celtiques envers la culture méditerranéenne (grecque et étrusque) se traduit ainsi par la consommation « civilisée » d’un vin rouge aromatisé. Très rares en contexte celtique, les objets historiés importés ou inspirés du monde transalpin désignent le statut particulier du prince, qui a pu s’identifier aux dieux barbus ornant l’œnochoé (Dionysos) et le chaudron (Achéloos). La mixité culturelle de plusieurs objets précieux semble être le fruit d’un artisanat de cour mêlant techniques et répertoires stylistiques celtiques et méditerranéens. La symbolique portée par ces objets, la mise en scène du défunt et de son viatique participent d’un véritable discours : le dernier discours d’un chef.

Qui était ce défunt illustre ?

Qui est donc le défunt ? L’analyse archéogénétique a confirmé le sexe masculin. Âgé d’une trentaine d’années lors de son décès (selon l’étude cémentochronologique d’une dent), il semble avoir grandi et évolué dans un milieu très favorisé : l’état de sa dentition est exceptionnel. Une fracture de clavicule mal consolidée renvoie toutefois à une possible chute de cheval ou de char.  

L’organisation de funérailles, différées, dans le complexe princier, véritable écrin monumental propice à la mise en scène, a dû nécessiter un traitement du corps digne de son statut. Ses contemporains, dans le monde grec ou en Egypte, maîtrisent la momification et l’embaumement : ici, la multiplication des prélèvements, notamment à l’emplacement de l’abdomen, affirme l’absence d’intestins et suggère une éviscération. Allongé dans son char sur une jonchée d’herbes odoriférantes et fongicides, il a ainsi pu recevoir les hommages d’une assemblée réunie pour l’honorer. Les archéologues s’interrogent désormais sur son statut réel : plus qu’un « prince », ne pourrait-il s’agit d’un roi ?

10 ans pour assurer la conservation des objets et préparer leur présentation au public

A la suite d’un appel d’offre comprenant un cahier des charges élaboré par le C2RMF, un très important travail de conservation-restauration, financé par l’Etat et la ville de Troyes, dont le suivi a été confié au C2RMF, est effectué par le groupement de conservateurs-restaurateurs spécialisé en métal piloté par Renaud Bernadet, au sein des ateliers du C2RMF, et avec l’accompagnement scientifique et technique de la filière Archéologie-Ethnographie du département Restauration. Plusieurs spécialités du C2RMF ont été mobilisées comme les arts du feu (céramique et verre), notamment pour la restauration d’une magnifique bouteille cannelée brisée en 68 fragments.

Les équipes du département Conservation préventive, en collaboration avec la filière Archéologie-Ethnographie, sont chargées de garantir la conservation du mobilier tout au long des opérations qui se déroulent au C2RMF par un contrôle régulier et des modes de conditionnements optimisés par type de matériaux. Le centre conseille également la ville de Troyes pour la conservation des objets pour les générations futures et leur présentation au public. La très grande quantité de données collectées est archivée et sera accessible à la communauté de chercheurs et professionnels des musées tout comme au grand public. 

Lavau est le sujet du documentaire « Enquête sur la tombe du dernier prince Celte » diffusé sur Arte à l’occasion des Journées européennes de l’archéologie, samedi 14 juin. La recherche autour de la tombe sera ensuite présentée dans une grande exposition au musée d’art moderne de Troyes en janvier 2026 et dans un futur ouvrage (éditions Faton).

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