rogné BEJ7890.jpg
Voir toutes les actualités

Le Caravage de Rouen : un chef d’œuvre redécouvert

En 2017, le tableau La Flagellation du Christ est confiée au laboratoire du C2RMF par le Musée des Beaux-Arts de Rouen pour une étude scientifique qui a permis d’importantes découvertes sur ce chef d'œuvre du Caravage. Les secrets de la mise en œuvre de la toile se sont en effet révélées grâce aux techniques d’imagerie scientifique utilisées par le centre.

BEJ7890.jpg
Caravage, La Flagellation du Christ, 1606, (musée des Beaux-Arts de Rouen, INV 955.8.1), © Bellec Jean-Louis/ C2RMF

Avant tout, les différentes analyses réalisées ont permis de découvrir une composition sous-jacente : un Caravage sous le Caravage. Celle-ci est révélée par l’image de répartition du plomb sous spectrométrie de fluorescence X

 Caravage fig 9-0.jpg
Détail de l’image de plomb © C2RMF
 PNG1.png
Détail de l’image de plomb mettant en évidence la composition sous-jacente en jaune © C2RMF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La composition sous-jacente est placé tête-bêche par rapport à la composition actuelle et représente un personnage, dans l’angle inférieur gauche. Celui-ci a retroussé ses manches et tient couteau dans la main droite pour découper un objet, peut-être un quartier de viande. Les détails du vêtement ouvert et de la collerette se retrouvent dans d’autres œuvres autographes, et permettent d’affirmer que ce tableau est de la main du maître. Le peintre a abandonné cette première composition et réutilisé la toile pour peindre La Flagellation du Christ.

Par ailleurs, les analyses effectuées ont permis d’en apprendre plus sur la technique du peintre, et ce à de nombreux égards :

  • La photographie de l’œuvre en lumière rasante a rendu visible de nombreuses incisions qui témoignent de la technique de travail d’après modèle vivant mise en place par le peintre : ces entailles réalisées en cours d’exécution servaient de repères de placement pour les modèles, d’une séance de pose à l’autre
Caravage fig 14-0.jpg
Repérage des lignes incisées © C2RMF
  • L’analyse d’un prélèvement de l’œuvre a quant à elle permise de mettre en évidence la stratigraphie de la peinture : le Caravage a appliqué plusieurs couches de préparation avant d’exécuter sa composition (du vermillon, pigment de couleur rouge vif, est posé à l’emplacement du manteau du Christ) et enfin il applique une fine épaisseur de vernis qui protège la couche picturale.
     
  • Toujours sur le travail des couleurs, l’image du cuivre sous fluorescence X montre que l’arrière-plan contient un pigment bleu ou vert appliqué en sous-couche et recouvert par une terre d’ombre foncée. Ce travail coloré des fonds donne de la profondeur au contraste de clair-obscur et intensifie l’effet dramatique de la scène.  
 Caravage fig 22.jpg
Image du cuivre (Cu), raie Ka, spéctrométrie de fluorescence X en 2-D © C2RMF
  • Enfin, la réflectographie infrarouge a révélé quelques traces de dessin sous-jacent ainsi qu’une particularité du travail en clair obscur du peintre, qui est parti du ton brun clair de la préparation pour modeler les teintes des chairs avec un ton plus clair et pour accentuer les ombres avec des glacis sombres. L’étude scientifique a également permis de révéler quelques « repentirs », c’est-à-dire des modifications réalisées en cours d’exécution du tableau. Pour la tête du bourreau, la radiographie a montré que Caravage avait d’abord peint un visage aux traits plus réguliers, qu’il a transformé en cours d’exécution. De plus, l’image du fer par fluorescence X montre que ce bourreau était initialement tête nue, avant d’être couverte d’un chapeau.
PNG2.png
Tête du bourreau à l’arrière-plan en radiographie © C2RMF
Caravage fig 19.jpg
Tête du bourreau à l’arrière-plan en image inversée du fer © C2RMF
 BEJ7899.jpg
Tête du bourreau à l’arrière-plan en lumière réfléchie © C2RMF

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, l’analyse radiographique suggère que le tableau a été découpé après son exécution, car les marques de châssis indiquent que des parties de toiles manquent sur trois côtés.

Eclairé par toutes ces découvertes, La Flagellation du Christ fera l’objet d’une exposition intitulée « Caravage. Un coup de fouet » au Musée des Beaux-Arts de Rouen à partir du 27 octobre 2022.

Equipe C2RMF

Département Recherche :

Groupe Peinture

  • Bruno Mottin, conservateur du patrimoine
  • Myriam Eveno, chimiste

Groupe AGLAE

  • Eric Laval, ingénieur

Groupe Imagerie

  • Jean-Louis Bellec, photographe

Responsables de l’œuvre :

  • Sylvain Amic, directeur des musées de Rouen
  • Diederik Bakhuys, conservateur du patrimoine – Musée des Beaux-Arts de Rouen
  • Sibille Wsevolojsky, médiatrice culturelle

 

Information : réduction des activités sur le site de Versailles
De juin 2022 jusqu’à fin 2025
rogné BEJ5369
TECHNÈ 53