Le Martyre de sainte Catherine - Restauration
Le Martyre de sainte Catherine, une toile de Simon Vouet. Restauré avant d’être exposé au musée des Beaux-arts de Strasbourg. Publié le 09/05/2023
Avant d’être exposé au musée des Beaux-arts de Strasbourg, Le Martyre de sainte Catherine, chef-oeuvre de la période italienne de Simon Vouet, a fait l'objet d'une restauration, réalisée au Centre de recherche et de restauration des musées de France.
Le département de Recherche du C2RMF avait déjà effectué une étude scientifique de la toile avant son acquisition par le musée. Il a de nouveau accueilli le tableau dans ses ateliers de Versailles (Petite Écurie du Roi) pour une restauration majeure achevée en janvier 2023.
État de conservation d’une œuvre à l’histoire mouvementée
Une série d’examens et d’analyses préalables (radiographie, photographie infrarouge et sous lumière ultraviolette, microfluorescence X) ont documenté l’état du support et de la couche picturale en vue de la restauration.
Les photographies scientifiques, et notamment la réflectographie infrarouge, a permis à Gilles Bastian de découvrir que l’œuvre de Simon Vouet était signée et datée dans la partie basse. Ces inscriptions sont quasiment invisibles à l’œil nu et délicates à lire. Elles ont été déchiffrées par Oriane Lavit. La date semble être 1622. Cette découverte contribue à la rareté de ce tableau : on ne connaît que sept autres tableaux signés par Vouet en Italie. Ces inscriptions restent encore aujourd'hui évanescentes, mais grâce à la restauration, elles sont désormais perceptibles.
L’état de conservation médiocre de la toile à son arrivée au C2RMF est très probablement lié à son passé chaotique. Ce tableau représentant sainte Catherine d’Alexandrie appartenait sans doute au XVIIe siècle au cardinal de La Valette puis au XVIIIe siècle, à la célèbre collection de l’Électeur palatin à Düsseldorf. Le tableau, alors attribué à de Guido Reni, fut ensuite spolié par les nazis mais put heureusement être rendu à son propriétaire (ou ses ayant-droits) à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Il a ensuite été acquis par le musée des Beaux-Arts de Strasbourg en 2019, après que sa trace a été perdue jusqu'en 1992.
Le processus de restauration
La restauration a permis de déceler des repentirs, soit des modifications exécutées par le peintre au cours de l’exécution du tableau. Ces changements réapparurent à la fois à cause des usures de la couche picturale mais aussi de transparences accrues de la matière. Il s'agit d'un phénomène lié au vieillissement de la peinture à l'huile qui fait que les couches sous-jacentes peuvent être rendues visibles. Des modifications sont ainsi perceptibles dans les drapés de l'ange et de la sainte, mais aussi dans la bouche et l'épaule droite de cette dernière.
Cette peinture a pour particularité, selon l’étude radiographique menée, d'avoir été transposée ce qui a fragilisé la structure de la toile par endroit légèrement pavimenteuse. La reprise de la transposition a donc été nécessaire du fait de différents problèmes d'adhérences entre les strates qui composent une peinture et le support. Cette opération particulièrement complexe a donc été mise en place pour la bonne conservation de l’œuvre.
Le tableau était très sombre occultant certains détails. La couche picturale a d’abord été consolidée puis nettoyée. Les vernis oxydés et les repeints anciens qui avaient viré avec le temps ont été retirés par Cécile Gouton. Ils ne rendaient pas l’harmonie colorée voulue par l’artiste et ils étaient parfois débordants sur la matière originale. Après la reprise de la transposition par Ludovic Roudet, l'étape très longue de la réintégration put débuter.
Le tableau était très usé, notamment dans les volutes de fumée ou dans le buste de la sainte, et présentait plusieurs lacunes (manques de matière). Il fallut donc redonner la meilleure lecture possible à l'œuvre, tant dans les formes que dans les subtilités de la touche de Vouet.
Ressource externe
Rapports de laboratoire, d’interventions et de conservation-restauration disponibles au Centre de documentation du C2RMF
Article rédigé par Claire Peyrot et publié sur le site web de France 3 Région
Reportage du 19/20h de France 3 Alsace du 14/04/23
département Restauration
filière Peinture
- Oriane Lavit, conservatrice du patrimoine, pilote C2RMF de la Restauration
- Cécile Gouton, restauratrice (couche picturale)
- Ludovic Roudet, restaurateur (support)
département Recherche :
groupe peinture - polychromie - arts graphiques
- Gilles Bastian, conservateur du patrimoine
groupe Imagerie
- Philippe Salinson, photographe
- Laurence Clivet, photographe