Photo d’ensemble des Vierges dans l’atelier bois polychromé © C2RMF - Elisa Couderc

Les musées de la région Auvergne-Rhône Alpes au chevet de leurs Majestés romanes

Publié le 07/05/2026

Quatre musées de la région Auvergne Rhône-Alpes ont confié leurs Majestés romanes au Centre de recherche et de restauration des musées de France pour étude et restauration : le musée Crozatier du Puy-en-Velay, qui a acquis récemment en vente publique une Vierge à l’Enfant romane provenant de la collection Louis-Pierre Bresset, le musée Anne de Beaujeu de Moulins, le musée Mandet de Riom et le musée d’art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand, dont la collection est la plus riche puisqu’elle comprend pas moins de trois Vierges qui ont toutes été transportées au C2RMF, soit six sculptures au total (fig.1).

Fig. 1 : les Vierges romanes dans l’atelier bois polychromé © C2RMF - Elisa Couderc

Afin de comprendre leur mise en œuvre et d’évaluer leur état de conservation, une étude approfondie de chacune était un préalable nécessaire. Pour ce faire, des restauratrices spécialisées dans l’étude et la restauration de sculpture médiévales en bois polychromé ont été recrutées. Leur travail a consisté à examiner la structure de chaque œuvre en relevant les traces d’outils, les assemblages, les lacunes ou encore les pièces de bois ajoutées postérieurement. Elles ont également étudié sous loupe binoculaire la polychromie afin d’établir un tableau stratigraphique permettant de recenser pour chaque zone sculptée (visage de la Vierge, de l’Enfant, vêtements de la Vierge…) la succession des polychromies. En effet, ces œuvres très anciennes ont été entretenues au fil des siècles, ce qui se traduit par la présence de plusieurs repeints. Lors de cet examen, plusieurs fenêtres et échelles stratigraphiques sont réalisées au scalpel (fig.2). La polychromie originale, si elle est conservée, fait l’objet d’un examen minutieux afin d’enrichir les connaissances sur le corpus des Majestés romanes.

Fig. 2 : détail d’une fenêtre de dégagement sur la Vierge en majesté dite dorée du musée d’art Roger Quilliot de Clermont-Ferrand © C2RMF - Elisa Couderc

Pendant leur étude, les restauratrices travaillent main dans la main avec les scientifiques du C2RMF, qui interviennent à tous les niveaux : dès leur arrivée, les sculptures sont prises en charge par un photographe et un radiologue. Les photographies sous rayonnement ultraviolet aident notamment à localiser les repeints (fig. 3 et 4). Les radiographies confirment les zones d’assemblage, de cassure ou encore la présence de cavités dont certaines ont pu être aménagées dès la création des sculptures pour y placer des reliques. Parallèlement, un expert en archéodendrométrie analyse le bois des œuvres afin d’en déterminer l’essence ou encore de comprendre la manière dont il est débité. Des prélèvements de quelques milligrammes sont effectués de concert par un ingénieur spécialiste de la datation par radiocarbone. Les premiers résultats de ces analyses ont d’ailleurs pu confirmer la datation romane des Vierges des musées Anne de Beaujeu et Crozatier. Enfin, un ingénieur chimiste réalise une campagne exhaustive de prélèvements de polychromie afin d’étayer l’étude stratigraphique des restauratrices. Ces prélèvements, de la taille d’une tête d’épingle, observés sous microscope optique puis analysés à l’aide d’un microscope électronique à balayage, permettent d’examiner en détail la succession des interventions de polychromie et de connaître les pigments utilisés (fig. 5 et 6).

En plus de l’imagerie scientifique, de l’étude du bois, de sa datation et des analyses de polychromie, certaines œuvres ont bénéficié d’examens complémentaires. Ainsi, les deux cabochons bleu-verdâtre montés en serti clos sur la poitrine de la Vierge du musée Crozatier ont fait l’objet d’analyses par spectrométrie par fluorescence X. La bâte est en argent et les deux gemmes sont en amazonite (feldspath microcline), gemme peu commune notamment employée dans Egypte antique (fig. 7). Du textile, dont la présence est fréquente sur ce type d’œuvre et qui servait à corriger certains défauts du bois et à préparer l’application de la polychromie, a également été prélevé par le Laboratoire de recherche des monuments historiques pour connaître sa nature. Enfin, plusieurs Vierges ont fait l’objet de tomographies par le radiologue du C2RMF, dont la Vierge Bresset (fig. 8). Ces radiographies en trois dimensions permettent d’avoir accès à l’intérieur des sculptures et offrent une compréhension incomparable de leur mise en œuvre. Ainsi, les loges à reliques peuvent être modélisées et mesurées, l’état de conservation du bois peut être évalué avec précision, les assemblages invisibles à l’œil peuvent être analysés finement (fig.9).

Depuis l’arrivée des premières œuvres en 2023, plusieurs études sont achevées, d’autres sont en cours ou à venir, et les premières restaurations sont programmées dès le printemps 2026. Afin de les suivre, un comité scientifique a été constitué pour valider collégialement les décisions de conservation-restauration. Une valorisation à destination des spécialistes comme du grand public est à l’étude afin de rendre compte de ce chantier exceptionnel.

Fig. 9 : tomographie de la Vierge en majesté dite dorée, musée d’art Roger Quilliot (Clermont-Ferrand) : coupe sagittale mettant en évidence le fil du bois, l'épaisseur de la polychromie et 2 cavités en partie comblées par du bois recouvert de polychromie © C2RMF - Elsa Lambert

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