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© C2RMF - Thomas Clot

Restauration du Job raillé par sa femme, de Georges de La Tour

Publié le 12/11/2025

Un chef-d'œuvre du Musée départemental d’Art ancien et contemporain d’Épinal

Le Job raillé par sa femme, l’une des œuvres les plus saisissantes et émouvantes de Georges de La Tour, a inspiré les écrivains André Malraux, Louis Aragon ou encore René Char. Le clair-obscur, qui rappelle l’influence du Caravage, est ici mis au service d’une composition sobre et puissante. L’échange des regards, la gravité des attitudes et l’atmosphère d’intimité de la scène, confèrent au tableau une intensité très caractéristique du style personnel de La Tour.

Vue du tableau après l'intervention de restauration © C2RMF - Thomas Clot

Né à Vic-sur-Seille en 1593, Georges de La Tour reste un peintre énigmatique malgré une brillante carrière menée essentiellement dans sa Lorraine natale. Sa formation est inconnue, bien qu’il ait pu être l’élève de Jacques Bellange. Après des débuts à Lunéville et un exil à Nancy durant la guerre de Trente Ans, il passe quelques années à Paris, où il reçoit le titre de peintre ordinaire du roi et bénéficie d’un logement au Louvre. Il retourne ensuite à Lunéville, où il meurt en 1652 lors d’une épidémie. Tombé dans l’oubli pendant plus de deux siècles, son œuvre est redécouverte seulement en 1915, grâce à la publication d’un article de l’historien de l’art allemand Hermann Voss.

Ainsi lorsque le tableau d’Épinal entre au musée en 1829 grâce au don du duc de Choiseul, il est d’abord classé dans l’école italienne, puis dans l’école espagnole. Il est rapproché du Nouveau-Né de Rennes par Louis Gonse en 1900, puis Louis Desmonts le mentionne en 1922 dans le premier article en français consacré à La Tour. Présenté lors de l’exposition Les Peintres de la Réalité (1934), son attribution est confirmée en 1972, lors de la découverte de la signature de l’artiste lors d’une restauration.

L’iconographie de l’œuvre reste incertaine. D’abord identifié comme une scène de prison ou encore comme la Délivrance de saint Pierre, le tableau a été interprété à partir de 1935 comme une illustration du chapitre II du Livre de Job (8-10), où l’épouse du patriarche l’incite à maudire Dieu mais ne parvient pas à ébranler sa foi.

Si La Tour peignit également des scènes diurnes et des tableaux de genre, ce sont surtout ses nocturnes à la chandelle qui assurent aujourd’hui sa renommée. Dans le Job raillé par sa femme, le traitement virtuose de la lumière, la profondeur humaine du sujet et la subtilité des détails, que la restauration de 2025 a permis de retrouver, font de cette toile l’un des chefs-d’œuvre du musée d’Épinal.

Une restauration essentielle

Malgré une ancienne transposition au 19e siècle, l’état de conservation structurel de l'œuvre présentait peu de désordres, qui ont été traités par l’équipe de restaurateurs de support toile. 

En revanche, de fortes altérations d’ordre principalement esthétique comme l’assombrissement de retouches anciennes et l’oxydation des couches de vernis provoquaient des tâches ainsi qu’un jaunissement de la palette chromatique, nuisant à l’homogénéité et à l’identité de l’œuvre.

Une intervention fondamentale de couche picturale a permis de retrouver des coloris et une texture de surface plus fidèles aux intentions de l’artiste, et de remettre en valeur les contrastes et les grandes masses colorées constitutives de cette composition hiératique et moderne. Une fois la surface de la peinture libérée des matériaux exogènes appliqués lors des précédentes campagnes de restauration, nous avons pu prendre la mesure du fort niveau d’usure et du nombre important de lacunes, qui ont nécessité un long et minutieux travail de réintégration colorée. L’enjeu de cette intervention était de trouver le juste niveau de retouche, nécessaire et suffisant pour permettre à la fois de retrouver une lecture fluide des formes et de la composition, et de conserver un degré d’usure perceptible, témoignant de l’histoire matérielle de la peinture et respectant la finesse du travail du peintre.

Les opérations de nettoyage ont également permis de retrouver la signature du peintre, en bas à senestre de la composition. Celle-ci était devenue presque invisible car extrêmement usée et masquée par des repeints.

Enfin, en s’inspirant des autres tableaux du peintre, une nouvelle proposition de restitution a pu être faite pour le pied droit, très lacunaire et dont la dernière restauration avait rendu l’aspect trop schématique.

Une exposition événement au musée Jacquemart-André

Le tableau occupe une place importante dans la première salle de l’exposition du musée Jacquemart-André (du 11 septembre 2025 au 25 janvier 2026), première rétrospective française consacrée à l’artiste depuis 1997 et réunissant près d'une trentaine des quelques quarante tableaux connus de La Tour.

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