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Restauration : Le panier de fraises, de Jean Baptiste Siméon Chardin (Paris, 1699- Paris, 1779), le retour du plaisir visuel

Publié le 08/07/2025

Visuel complet du tableau du panier de frais, le panier se trouve au centre avec un ensemle de fraises qui forment une sorte de pyramide. A droite, une pêche. A gauche, un verre d'eau et en dessous du panier, deux fleurs blanches
Le panier de fraises après restauration © C2RMF Thomas Clot

Etude d'un trésor national

À 62 ans, Chardin présente son œuvre au Salon de 1761, où elle est répertoriée sous le numéro 46 dans le livret. Cette composition de dimensions modestes, mesurant 38 cm sur 46 cm, porte la signature "Chardin" en bas à gauche. Elle est acquise par le collectionneur Eudoxe Marcille (1814-1890) sous le titre "Fraises, œillets blancs et verre" (ill.1). La transmission au sein de la famille se poursuit jusqu'en 2022, année où l'œuvre est mise en vente chez Artcurial à Paris. Classé comme trésor national, le tableau rejoint les collections du Louvre en 2024, grâce à un mécénat d'entreprise et à l'initiative "Tous Mécènes".

ill.1 Revers, détail : étiquette de la collection Eudoxe Marcille
ill.1 Revers, détail : étiquette de la collection Eudoxe Marcille © C2RMF Thomas Clot

À son arrivée au C2RMF, le tableau a bénéficié d'un dossier d'imagerie scientifique. L'examen de cette imagerie, mis en relation avec l'œuvre, a permis d'approfondir la compréhension de sa genèse. Ces éléments sont visibles sur la radiographie. La toile originale, qui a été coupée lors du rentoilage, présente des irrégularités dans le tissage. Les guirlandes de tension, bien visibles, indiquent qu'elle a globalement conservé son format d'origine. On peut également remarquer une ancienne déchirure diagonale à droite du panier (Ill.2, Ill.3), qui est probablement à l'origine du précédent rentoilage.

Sur le plan esthétique, la lisibilité était compromise par l'accumulation de vernis anciens dans les creux de la matière. Par ailleurs, la faible adhérence de la couche picturale, associée à des soulèvements d'écailles et à la déchirure ancienne dont les bords se relevaient, nous a conduits à effectuer une reprise du rentoilage afin d'assurer une meilleure stabilité, ainsi qu'à procéder au nettoyage de la couche picturale.

La restauration

L'intervention sur le support a impliqué le démontage de l’ancien support de rentoilage. Une consolidation générale a été réalisée par la face avec de la colle d'esturgeon. Des renforts en fibre de lin ont été collés au dos des zones fragiles de la toile originale, en particulier sur la déchirure. Un doublage a été effectué avec une colle protéinique. Enfin, le tableau a été remis en tension sur son châssis.

La restauration de la couche picturale avait pour objectif de révéler le raffinement de la technique picturale de Chardin, occultée par un vernis irrégulier et oxydé qui s’était déposé dans les anfractuosités de la matière et l’empreinte de la toile. Au premier plan, sur les œillets, un vernis mêlé de crasse était prisonnier des empâtements feuilletés de la matière (Ill.4).

Ill.4, Avant restauration, détail vernis encrassé et oxydés dans les creux des empâtements © C2RMF Thomas Clot

Les repeints étaient peu nombreux, les plus désaccordés étaient posés sur la déchirure. La suppression des repeints et un amincissement progressif et homogène du vernis ont été réalisés avec l’accord des conservateurs et du C2RMF. Cette opération a révélé les nuances chromatiques de la palette de Chardin, la sensibilité des détails, mais aussi une touche du pinceau presque impressionniste sur le cône de fraises. Cette opération a été suivie par la réintégration chromatique de l’éraflure, de quelques épidermages puis d’un vernissage.

Cette restauration a donné à voir le singulier concept créatif de Chardin dans cette œuvre ; une véritable mise en scène de la lumière où la pyramide de fraises et les objets qui l’entourent sont touchés par les reflets dans un espace traversé lui aussi par une douce luminosité.

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