FLOPS ?! Oser, rater, innover : la redécouverte d'une serrure à délateur du Musée des Arts et Métiers
Du 14 octobre 2025 au 17 mai 2026
09:00 - 18:00
Type(s) de public Tout public
L’étude et la restauration d’une serrure à délateur et à secrets de la fin du XVIIIe siècle, a permis de présenter cette dernière dans l’exposition temporaire Flops ?! Oser, rater, innover qui se tient au musée des Arts et Métiers jusqu’au 17 mai 2026. La serrure a été redécouverte à l’occasion de recherches menées par Fabien Colliot, président de l’association des crocheteurs de France, dans les réserves du musée. La responsable de la collection Mécanique, Karine Alexandrian, a donc décidé de confier l’objet au C2RMF pour en retrouver son fonctionnement et assurer sa conservation-restauration.
Présentation générale de la serrure et principe de fonctionnement
La serrure est pourvue d’un dispositif de sécurité, nommé délateur, destiné à retarder l’ouverture et à signaler une tentative d’effraction. La face externe de la porte ne présente qu’une plaque de propreté, alors que l’intérieur est muni d’un important système à délateur, invisible de celui qui tenterait une intrusion. Le mécanisme s’active lorsqu’une personne tente de forcer la serrure en la crochetant ou en introduisant une mauvaise clé. Le poignet du cambrioleur se trouve alors entravé par deux demi-menottes garnies de pointes dirigées vers l’intérieur qui sortent violemment au travers des panneaux de bois. Simultanément, un coup de feu part pour donner l’alarme, depuis un pistolet à silex intégré dans le dispositif mécanique dissimulé à l’arrière de la porte.
Des ensembles ont été identifiés selon leur fonctionnalité : la porte, la serrure, le système d’entrave, le système d’alarme, le système de verrouillage et le système de réarmement.
Un dangereux système d'entrave
Le système d’entrave repose en partie sur le revers de la porte et en partie sur le revers du palâtre de la serrure. Ce système fonctionne grâce à un important ressort à lame maintenu en tension par une bascule qui soutient les bras des menottes. Une fois ce contrepoids renversé, le ressort est libre de propulser les deux demi-menottes vers les volets, immobilisant et blessant le cambrioleur grâce aux quatre pointes acérées placées à l’intérieur des arcs. Ces pointes sont vissées, elles peuvent donc être démontées si nécessaire.
Le mécanisme d'ouverture de la porte
La clé forée, à panneton évasé, est insérée dans l’entrée de serrure. La tige s’enfile sur la broche, puis une légère pression est exercée pour appuyer sur une lame de ressort. Le panneton possède un motif taillé de façon à correspondre aux garnitures de la serrure. Il est découpé en creux parallèles ou perpendiculaires à la tige, selon la forme des rouets ou des râteaux. La clé tourne dans les planches du rouet et, à chacun de ses deux tours, vient buter contre les barbes de la queue de pêne, la faisant coulisser. Cette queue est maintenue en tension par un ressort dormant fixé à l’intérieur du palâtre, qui vient se bloquer dans les encoches supérieures de la queue de pêne.
Vidéo 2 : Fonctionnement de la serrure après réfection de la clé.
Le mécanisme à secrets
Pour ouvrir la porte en toute sécurité avec la bonne clé, il faut d’abord désactiver le système à secrets qui correspond à un double verrouillage mécanique :
- Un premier niveau de sécurité permet de maintenir bloqué deux tiges carrées nommées poussoirs. Ces derniers sont retenus par deux loquets fixés au revers de la plaque de propreté.
- Un second niveau de sécurité est lié à l’ordonnancement des actions pour abaisser et tirer les poussoirs afin de les désengager de la queue de pêne.
Il faut donc connaître le secret pour faire fonctionner la serrure.
Modélisation 3D
Philippe Dechenaux (ExploVision), qui était déjà intervenu sur le Bureau du roi Louis XV au C2RMF, a réalisé la modélisation numérique de l’ensemble de l’objet. Le support présente deux modes : un mode réel avec intégration de la texture des matériaux, et un mode radiographie qui permet de rentrer dans le mécanisme en transparence pour en comprendre tous les rouages. Le scénario peut être maîtrisé à l’aide d’un curseur : il est ainsi possible de ralentir le rythme au gré de sa compréhension du mécanisme. Enfin, des textes ont été ajoutés : un texte général de présentation mais aussi des encarts qui fournissent les termes techniques et expliquent le fonctionnement détaillé de la serrure.
Les principales altérations observées
La redécouverte du fonctionnement de l’objet a été menée parallèlement à des opérations de conservation-restauration. Celles-ci ont été réalisées dans le cadre du stage de master 1 du CRBC de Paris 1 d’Imran Pieri, sous la supervision de Bénédicte Massiot. Le constat d’état révèle que la serrure présente un fort encrassement et que ses parties métalliques en alliage ferreux sont recouvertes de produits de corrosion qui ne permettent pas son exposition. De larges coulures blanches, de nombreuses auréoles et des opacifications du vernis gênent la lisibilité de l’ensemble. L’objet est globalement stable d’un point de vue structurel, mais son état de conservation, lié à son aspect esthétique et aux altérations physico-chimiques nuisent à sa compréhension : les parties métalliques, de même couleur que le fond du panneau sont en effet difficilement perceptibles.
Le traitement de conservation-restauration
Afin de comprendre le mécanisme, de faciliter le nettoyage du support et d’effectuer le retrait des produits de corrosion, les différents systèmes ont été démontés du panneau de bois lorsque c'était possible. Les fentes et altérations structurelles instables de la porte ont été infiltrées, collées ou comblées selon la nécessité et après discussion avec la responsable des collections. Les surfaces polychromes de nature huileuse, fortement encrassées, ont été nettoyées à l’aide d’éponges microporeuses imprégnées d’eau ajustée. Les produits de corrosion de l’alliage ferreux ont été retirés par micro-sablage d’abrasif végétal, puis les surfaces ont été stabilisées par application d’acide tannique additionné d’acide orthophosphorique. L’ensemble des parties métalliques a ensuite été protégé par une couche de cire microcristalline appliquée à chaud. Les oxydes de cuivre noirs et épais se trouvant sur les garnitures du pistolet en alliage cuivreux ont été allégés à l’aide d’une solution de citrate de sodium à pH 6 et à faible concentration (0,1M) appliquée en gel (a été d’Agarart® à 4% p/v). La notice en papier a été restaurée par une conservatrice-restauratrice spécialiste d’arts graphiques, Anaïs Diez.
Une histoire révélée
L’auteur de la serrure est donné par Pahin de la Blancherie dans, Nouvelles de la république des lettres et des arts, 22 mai 1782, p.151-152. Il s’agit du Sieur Merlin, dit le Petit Suisse, compagnon serrurier, rue du Four, fossés Saint Germain, chez l’Epicier. La description intégrale de l’objet se trouve dans l’article du même journal du 29 mai 1782, p.159,-160. Elle permet de compléter le texte manuscrit lacunaire qui se trouve sur l’avers de la porte, servant à la fois de notice d’utilisation et de réclame publicitaire, vantant l’intérêt de cette invention.
Les recherches archivistiques menées par la conservatrice de l’objet, Karine Alexandrian, ont permis de retracer l’histoire matérielle de la serrure. Dès 1806, le concepteur lui-même est amené à intervenir sur l’œuvre afin d’effectuer des réparations survenues à la suite de mauvaises manipulations du mécanisme.
L’étude et la restauration de la serrure ont permis de redécouvrir l’histoire de sa création, son histoire matérielle, son fonctionnement à délateur et à secrets. Ces informations sont accessibles sur la borne interactive présentée à proximité de l’objet, dans l’exposition temporaire Flops !?, qui se tient au Muam jusqu’en mai 2026.
C2RMF
Département restauration :
- Bénédicte Massiot, pilote du projet, conservatrice restauratrice métal, en charge du PSTN et de l’ethnographie
Département recherche, Groupe imagerie :
- Anne Maigret, photographe
- Elsa Lambert, radiologue
Département documentation :
- Marianne Segaud, Chargée d’études documentaires
Département conservation préventive :
- Nacer Berri, régisseur
- Stéphane Pénaud, régisseur / installateur
Partenaire du Musée des Arts et Métiers (MUAM)
- Karine Alexandrian, conservatrice responsable juridique de l’œuvre, chargée de la collection Mécanique, ingénieur d'étude au Musée des Arts et Métiers
Partenaires extérieurs
- Anaïs Diez, conservatrice-restauratrice d’arts graphiques
- Fabien Colliot, Serrurier, Président de l’Association des crocheteurs de France
- Philippe Dechenaux, société Explovision, modélisation 3D. Site internet : https://www.explovision.co/
- Imran Pieri, étudiant stagiare M1 en conservation-restauration, CRBC Paris 1, Panthéon-Sorbonne
- Michel Bourguet, photographe
À découvrir
Le plan de sauvegarde des biens culturels
Département Conservation préventive
Département Archives et Bibliothèque

