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Deux sculptures souabes réinstallées au Palais des Beaux-Arts de Lille

Analyse de la polychromie, conservation et restauration

Deux sculptures souabes réinstallées au Palais des Beaux-Arts de Lille

Deux sculptures souabes réinstallées au Palais des Beaux-Arts de Lille

Publié le 17 Décembre 2015
En 2011, le Palais des Beaux-Arts de Lille a acquis une Sainte couronnée en bois polychromé, qui présente des similitudes de style et de mise en œuvre avec un Saint Jérôme, lui aussi en bois polychromé et déjà dans les collections du musée. Le C2RMF a été sollicité pour une intervention de restauration conjointe sur ces deux œuvres visant à harmoniser leur présentation muséographique.

Une nouvelle acquisition

 

En 2011, le Palais des Beaux-Arts de Lille a acquis une Sainte couronnée en bois polychromé, qui présente des similitudes de style et de mise en œuvre avec un Saint Jérôme, lui aussi en bois polychromé et déjà dans les collections du musée. Le C2RMF a été sollicité pour une intervention de restauration conjointe sur ces deux œuvres visant à harmoniser leur présentation muséographique.

Une étude de la structure et de la polychromie ont précédé respectivement la restauration de la Sainte couronnée et la conservation du Saint Jérôme (déjà restauré en 1991).

 

 

 

 

Les deux bustes sculptés en tilleul sont évidés (ci-contre à droite), avec un évidement moins marqué au centre dans la partie basse pour assurer une meilleure stabilité aux deux bustes. Cette disposition laisse penser qu’ils faisaient partie d’un retable, présentés soit dans un compartiment de la prédelle soit dans une niche de la caisse.

Le fait que seules les parties visibles de face aient été recouvertes de feuilles d’or confirme cette hypothèse (ci-contre à gauche).

 

 

 

 

La polychromie et le style

 

Pour étudier la polychromie, des micro-prélèvements ont été soumis à plusieurs méthodes d’analyse : microscope optique, microscope électronique à balayage couplé à un système d’analyse élémentaire par séparation de rayonnements X (MEB-EDS), tests microchimiques, chromatographie liquide haute performance (HPLC).
Les vernis de restauration ont eux été observés sans prélèvement par spectroscopie infrarouge à transformée de Fourier (IRTF) et chromatographie gazeuse couplée à une pyrolyse en entrée et une spectrométrie de masse en sortie (Py-GC-MS).

Sur les deux bustes, selon une pratique courante en Europe du Nord, la polychromie est appliquée sur une préparation blanche de carbonate de calcium lié avec une colle protéinique. Les deux bustes possèdent aussi des couches roses à base de blanc de plomb et d’un colorant organique, les glacis rouges sont dans les deux cas une laque de cochenille. L’assiette des dorures est identique dans les deux cas.

 


 

 

 

 

Plastron de Saint Jérôme avec le glacis rouge                              Revers de la manche senestre de la Sainte Couronnée avec le glacis rouge

 

 

 

La polychromie originale, particulièrement bien conservée, a été appliquée avec grand soin. Sur les deux sculptures, les yeux sont cernés par un même trait brun, tout comme les ongles des mains, signes supplémentaires pour attester d'une même provenance. Autre point commun, l'usage d'or parti (feuille constituée d'une fine feuille d'or et d'une feuille d'argent, battues ensemble pour constituter une feuille d'épaisseur classique à moindre coût) pour dorer les côtés des bustes qui se sont d'ailleurs altérés. En effet, les œuvres présentent quelques manques et reprises et la Sainte couronnée était aussi assez encrassée.

 

 

 

 

 

La restauration de la Sainte couronnée

 

Sur la Sainte couronnée, des joints visibles au niveau du poignet et des doigts de la main droite (ci-contre à gauche) indiquent que la main droite, ainsi que l’index et le majeur droits sont des pièces rapportées. La main est d’ailleurs légèrement désaxée par rapport au poignet.

L’ensemble du buste conserve en outre les traces de nombreuses attaques d’insectes xylophages (détail du visage à droite).

 

 

 

La restauration a porté sur plusieurs plans :

  • dépose et repose de la main droite dans le bon axe ;
  • dans un souci d’harmonisation avec le Saint Jérôme, dégagement des repeints et des différentes couches de polychromie postérieures à la réalisation de l’œuvre ;
  • retouches limitées ;
  • les trous d’envol sur le visage ont été comblés et retouchés dans un ton légèrement plus clair que l’original, de manière à ce que la restauration reste lisible ;
  • réalisation d’une semelle de calage en balsa pour assurer la stabilité de l’œuvre.

Pour une présentation homogène des deux bustes, le Saint Jérôme a fait l’objet de quelques interventions de conservation ponctuelles (dépoussiérage, nettoyage léger et refixage de polychromie).

Les deux bustes sont actuellement présentés côte à côte au Palais des Beaux-Arts de Lille. En rendant une lisibilité au buste de Sainte couronnée, la restauration a mis en évidence la parenté technique entre les deux bustes, confirmant qu’ils ont été produits par le même atelier, probablement celui du Maître du Couronnement de la Vierge de Kirchheim dans les années 1520-1530.

Restauration de la Sainte couronnée : Claire Dard-Ternisien

Équipe scientifique C2RMF : Nathalie Balcar, Alexandra Gérard, Witold Nowik, Yannick Vandenberghe.