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L'Atelier du peintre de Courbet

La fin d'une restauration de grande ampleur

L'Atelier du peintre de Courbet

L'Atelier du peintre de Courbet

Publié le 15 Décembre 2016
L’opération de restauration de l’Atelier du peintre de Gustave Courbet a débuté en 2013. Elle s’est étendue sur trois ans et demi. Les équipes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) ont accompagné le musée tout au long du processus de conservation/restauration, avec ses départements recherche, restauration et archives et nouvelles technologies de l’information.

L’opération de restauration de l’Atelier du peintre de Gustave Courbet a débuté en 2013. Elle s’est étendue sur trois ans et demi. Les équipes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) ont accompagné le musée tout au long du processus de conservation/restauration, avec ses départements recherche, restauration et archives et nouvelles technologies de l’information.

Un travail de documentation indispensable à l'étude préalable

 

Le C2RMF disposait déjà d'éléments d'imagerie dans sa documentation archivistique et scientifique.

La radiographie existait déjà sous la forme de 165 films qui ont été numérisés et assemblés pour en rendre la consultation plus aisée. Le reste de l’imagerie scientifique a été intégralement refait par les photographes du Centre, les jours de fermetures du musée : photographie dans le visible, en lumière rasante, dans l’infrarouge, sous fluorescence d’ultraviolet et réflectographie infrarouge.
En raison des dimensions exceptionnelles de l’œuvre, le tableau a été décomposé en six zones afin d’avoir des images de définition homogène et de haute qualité sur toute la surface.
L’ensemble de cette documentation a été interprété à la lumière des documents historiques existants, notamment des témoignages laissés par le peintre lui-même, et des documents sur l’histoire de l’œuvre, pour préciser l’histoire de l’oeuvre et faire un premier constat de son état de conservation.

 

Le processus de création de Gustave Courbet a eu un impact direct sur la conservation de son œuvre. En effet, il travaillait par adjonctions successives d’éléments : il a commencé par travailler à partir de deux lés de toile qu’il a augmenté de trois autres lés sur la droite puis d’un lé en partie haute et d’un autre sur le côté gauche. Cette construction est particulièrement visible à l’étude de la radiographie.

Il en est de même pour la composition qu’il n’a cessé de reprendre jusqu’au moment de l’accrochage. La genèse de l’œuvre est connue à travers plusieurs courriers adressés par Courbet au comte de Nieuwerkerke et à ses proches. Il y décrit l’évolution de sa composition ce qui nous permet de mesurer les étapes d’avancement de l’œuvre : il rajoute à celle-ci le personnage du chasseur (Napoléon III), diminue l’importance du personnage à la cassette, situé à gauche et dissimule la maîtresse de Baudelaire à la demande du poète.

Ces repentirs auront des conséquences sur les temps de séchage en entraînant un vieillissement naturel de la surface qui se manifeste par des zones de transparence accrues. Ces transparences font partie intégrante du vieillissement naturel de l’œuvre, c’est pourquoi il a été décidé de les laisser visibles.

Ces résultats ont été soumis à un comité scientifique composé de l’équipe du musée, de spécialistes extérieurs (historiens d’art, restaurateurs...) et de membres du C2RMF, qui a conduit à confier la réalisation d’une étude préalable à un restaurateur qui s’est attaché à observer l’état de surface de l’œuvre et de son revers. Cette étude préalable a servi de base à un appel d’offres et à la sélection du groupement de restaurateurs chargé de l’opération.

 

 

 

Des examens pour orienter les choix de restauration

 

Beaucoup de questions se posaient sur l’origine de certains soulèvements, sur le rôle de la couche de préparation dans ces phénomènes et sur le caractère original ou non de certaines reprises. Deux campagnes d’analyses, menées en 2014 et 2015, ont porté sur l’identification des matériaux des couches préparatoires et des couches picturales. Il en résulte que les soulèvements observés ne semblent pas être liés directement à la nature des différentes préparations.

Il a également été constaté des problèmes d’adhérence entre la toile originale et celle de rentoilage. Des examens en thermographie infrarouge et en thérahertz ont permis d’avoir une meilleure connaissance du phénomène. Pour ces examens, le Laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH) a été sollicité dans le cadre de MoLab (laboratoire mobile) de l’Equipex Patrimex. Ils ont été réalisés par Dominique Martos-Levif, David Giovannacci, Didier Brissaud et Vincent Detalle.
L’œuvre a été rentoilée une première fois en 1920 avant son entrée au musée du Louvre (un rentoilage a une durée de vie moyenne d’un siècle). Il est apparu que la colle de rentoilage qui fixait les deux toiles se cassait et se détachait par plaques et que la toile de renfort ne remplissait plus sa fonction et alourdissait considérablement le tableau en créant des tensions. Des analyses d’échantillons de ces colles par chromatographie en phase gazeuse et des tests microchimiques ont révélé que la composition de la colle utilisée comme adhésif était à base de protéines et d’amidon et que son vieillissement pouvait favoriser ce clivage.
L’ensemble de ces éléments a permis d’orienter les choix de restauration en direction d’une reprise du rentoilage, qui était la seule solution permettant de résoudre simultanément les problèmes rencontrés.

Après la reprise de rentoilage, le nettoyage a repris avec l’égalisation des vernis et avec un travail très prudent sur les repeints. Le C2RMF a effectué une nouvelle série d’analyses pour déterminer le caractère original de certaines interventions anciennes, notamment sur l’arrière-plan, au niveau du sol et dans la zone du chasseur. Aucun argument analytique n’ayant permis d’affirmer que les reprises étaient tardives, celles-ci ont été laissées.

L’activité de suivi et d’accompagnements des restaurations par le département restauration du C2RMF s’exerce chaque année sur plus de trois cents peintures. Avec le comité scientifique mis en place par le musée d’Orsay, le département Restauration a assuré un suivi hebdomadaire du chantier avec les conservateurs responsables de l’œuvre, que ce soit pour le refixage, le décrassage, l’allègement des vernis, l’élimination des repeints, la retouche, la consolidation du support. En effet, sa connaissance de l’œuvre de Courbet et des particularités de sa technique contribuent à anticiper et prévenir les difficultés éventuelles.

Le suivi des opérations a été assuré au C2RMF par : Jean-Louis Bellec (photographe), Laurence Clivet (photographe), Pierre Curie (conservateur), Vincent Detalle (physicien), Myriam Eveno (chimiste), Tiphaine Fabris (chimiste), Lorraine Mailho (chef du département Restauration), Michel Menu (chef de département Recherche), Bruno Mottin (conservateur), Witold Nowik (chimiste), Isabelle Pallot-Frossard (directeur du C2RMF).

Pour une documentation plus complète, voir le dossier de presse : PDF icondp_latelier_du_peintre_restaure_13_decembre_2016.pdf