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© C2RMF - Elsa Lambert

Apport de la nouvelle tomographie X du C2RMF pout l'étude de l'œnochoé de Lavau

Publié le 03/12/2025

Avec le soutien de l’EquipEx ESPADON, le C2RMF s’est doté fin 2024 d’un système de tomographie X ultra-performant alliant la haute énergie d’un tube à rayons X de 420kV à une grande précision mécanique des axes motorisés du détecteur et du plateau rotatif. Cette installation constitue une avancée technologique décisive pour la connaissance des objets du Patrimoine, quel que soit leur matériau ; l’œnochoé de Lavau fait partie des premiers objets à en avoir bénéficié.

Dès l’arrivée de l’œnochoé au C2RMF et en préalable à sa restauration, des examens radiographiques avaient été réalisés. Mais les images obtenues ne permettaient pas de correctement appréhender la structure interne du pied métallique : on devinait seulement qu’il était construit à partir de plusieurs pièces en métaux précieux reposant sur un support, et que cet ensemble était assemblé au récipient de terre cuite par un clou de forte section.

Grâce à la tomographie, les nouvelles images donnent désormais tous les détails de la construction du pied, révélant en particulier l’existence de trois pièces en alliage à base de cuivre, vraisemblablement du bronze : le pied lui-même, qui se divise en une partie supérieure et une partie inférieure, ainsi qu’une contreplaque annulaire seulement visible du dessous. Ces trois pièces, qui mesurent 1 à 3 mm d’épaisseur selon la zone, ont été fabriquées par fonte à la cire perdue, et portent déjà le riche décor de moulures et de pétales que l’on peut observer sur le pied. En sus de leur rôle structurel, ces pièces de bronze ont servi de support pour repousser de fines feuilles d’or (0.15 mm sur la pièce annulaire, 0.25 mm sur les parties constituant le pied) et ainsi fidèlement reproduire dans l’or le décor existant sur le bronze.

Deux autres pièces sont en argent. La première est un anneau en forme de gouttière de section quadrangulaire qui vient se placer dans la partie la plus étroite du pied de façon à masquer l’assemblage existant dans cette zone. Cet anneau porte dans son creux un fil d’or en méandre, créant un subtil décor bichrome à cet endroit. La seconde pièce d’argent est une tôle de 0.5 mm d’épaisseur qui ferme le dessous du pied. On y a brasé un second anneau en forme de gouttière qui forme la tranche visible de cette pièce, dans lequel un fil d’or en méandre a également été disposé, répétant ainsi le décor précédemment décrit pour la partie médiane du pied.

Les cinq pièces ainsi fabriquées ont ensuite été assemblées : la partie supérieure du pied a été emboîtée dans la partie inférieure, en enfilant au préalable l’anneau d’argent médian. Le tout a été bloqué par un assemblage en force en insérant dans l’espace existant entre les deux pièces de bronze deux « joints » métalliques cylindriques servant de cale. Ces deux anneaux ont été faits dans un métal plus mou que le bronze, nous les supposons donc en cuivre. La pièce d’argent formant le dessous du pied a quant à elle été emboîtée sur la pièce inférieure de bronze. L’ajustement est ici très curieusement obtenu en insérant dans l’espace laissé un troisième fil d’or en méandre, qui disparaît donc pour sa plus grande partie derrière la tranche de l’anneau inférieur d’argent. Enfin, le pied a été assemblé à la base de l’œnochoé par le biais d’un clou métallique de forte section qui passe au travers du pied, et dont la tête, elle aussi plaquée d’or, vient s’appuyer sur la contreplaque de bronze mouluré et doré. La pointe de ce clou dépassait de plusieurs centimètres dans le récipient. Elle a ensuite été tordue, conduisant au blocage mécanique de l’ensemble. On signalera enfin que le scellement et l’étanchéité de l’assemblage du pied métallique sur la base de terre cuite ont été réalisés en noyant littéralement l’ensemble dans le brai de bouleau. Rappelons que cette matière adhésive exceptionnelle a aussi permis la fixation des pièces d’or et d’argent décorant l’anse et la lèvre de l’oenochoé… Au-delà de la virtuosité technique dont l’orfèvre a ici su faire preuve, cette pièce hors norme témoigne d’une extraordinaire créativité, tout particulièrement pour la réalisation de ces pièces en bronze plaqué d’or uniques en leur genre.

Légende de la figure : tomographie X du pied de l’œnochoé de Lavau.

En haut : coupe longitudinale suivant l’axe médian de l’objet et son schéma d’interprétation.

En bas : coupes tomographiques longitudinale et transversale avec rendu 3D de l’arrière-plan.

Le schéma d’interprétation se base sur la tomographie et sur un ensemble de données toutes acquises au C2RMF : microscopie optique et 3D pour la localisation des brasures et la mesure des fils d’or, analyses PIXE sur l’accélérateur AGLAE pour la détermination de l’or et de l’argent, chromatographie pour le brai de bouleau. Les métaux cuivreux sont inaccessibles à l’analyse mais déduits par la densité mesurée en tomographie en ces endroits, et confirmés par la présence de nombreuses zones où des produits de corrosion du cuivre se sont accumulés.

© C2RMF E. Lambert pour la tomographie et C2RMF B. Mille pour le schéma.

© C2RMF - Elsa Lambert / Benoît Mille

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