Corniche armoire Boulle, face, en image numérique en lumière réfléchie © Bourguet Michel
Corniche armoire Boulle, face, en image numérique en lumière réfléchie © Bourguet Michel

Armoires Boulle - Restauration - Ep 2

Publié le 27/10/2026

Cette seconde étape est consacrée à l’examen scientifique et matériel des deux armoires attribuées à l’atelier d’André-Charles Boulle OA 9518 et OA 9519 mais aussi à leur restauration.

Étiquettes trouvées à l'intérieur de la corniche, image numérique en lumière réfléchie © Bourguet Michel
Étiquettes trouvées à l'intérieur de la corniche, image numérique en lumière réfléchie © Bourguet Michel

L’objectif de l’étude est de mieux comprendre leur fabrication, les matériaux employés, leur organisation structurelle ainsi que les transformations et restaurations qu’ils ont connues au cours de leur histoire. Pour cela, plusieurs méthodes complémentaires ont été mobilisées : la comparaison avec les vestiges archéologiques attribués à l’atelier de Boulle, l’imagerie scientifique, notamment sous rayonnement ultraviolet et par radiographie aux rayons X, les analyses élémentaires des matériaux et l’étude des sources liées aux restaurations.

L’étude matérielle des deux armoires


Les fouilles de la Cour Napoléon du musée du Louvre, réalisées entre 1984 et 1986, ont livré des fragments d’écaille de tortue, de marqueterie de laiton et des modèles de sculptures en terre cuite attribués à l’atelier de Boulle. La comparaison avec les armoires révèle de fortes similitudes, notamment pour les motifs de treillage et les éléments quadrilobés en écaille. Certains fragments présentent même une correspondance parfaite de dimensions avec les décors conservés sur les armoires « OA 9518 et 9519 ». 
L’imagerie scientifique apporte des informations complémentaires. L’examen aux ultraviolets révèle différentes interventions anciennes, notamment l’utilisation de gomme-laque comme vernis et comme matériau de comblement des lacunes d’écaille. Les radiographies montrent une construction homogène des côtés des deux armoires, mais révèlent des différences dans la conception de leurs portes. 
Les analyses par fluorescence X montrent que les laitons considérés comme d’origine présentent une composition relativement homogène, avec environ 65 % de cuivre et 31 % de zinc. Les éléments ajoutés lors des transformations présentent une composition proche, mais se distinguent notamment par la présence de chrome. Les fragments archéologiques, fortement altérés par la corrosion, ne peuvent en revanche pas être comparés directement aux laitons des armoires.

Enfin, l’étude des sources et des traces matérielles permet de retracer plusieurs campagnes de restauration. Une intervention est attestée en 1814 par l’ébéniste Deffoux. D’autres transformations semblent avoir été réalisées au XIXe siècle, notamment l’ajout de moulures en bronze doré. Une nouvelle restauration est documentée dans les années 1950 au musée du Louvre, avec notamment la mise en place de renforts en bois visibles aujourd’hui grâce à la radiographie.

La restauration des deux armoires


La restauration des deux armoires a été menée dans un esprit de conserver autant que possible les matériaux existants ainsi que les traces des restaurations anciennes, considérées comme faisant partie de l’histoire des meubles. Les interventions ont porté sur l’ébénisterie, les marqueteries, les bronzes dorés et la serrurerie, avec l’intervention de restaurateurs spécialisés dans chacun de ces domaines. 
Les principales opérations ont consisté à stabiliser les structures, consolider les marqueteries de laiton, d’écaille de tortue et d’ébène, et compléter certaines lacunes lorsque cela était nécessaire. Les éléments manquants ont été réintégrés en utilisant des matériaux identiques ou compatibles avec ceux d’origine.
Un nettoyage des surfaces et des laitons a permis de retrouver une meilleure lisibilité des décors, tout en veillant à ne pas effacer les traces liées à l’histoire des meubles. Les bronzes dorés ont également été nettoyés et, lorsque cela était nécessaire, leurs zones lacunaires ont fait l’objet de retouches discrètes.

La restauration a enfin cherché à préserver les témoins des transformations anciennes. Certains éléments ont ainsi été conservés ou remis en fonction sans supprimer les traces de leur histoire des XVIIIe et XIXe siècles et cette démarche permet aujourd’hui de présenter les deux armoires dans un état stabilisé sans vouloir de faux artistique.
 

À découvrir