Femmes au Jardin - plein air et grand format
La restauration d’un chef-d’œuvre de Claude Monet au C2RMF Publié le 28/02/2022
Les Femmes au jardin de Claude Monet sont l’un des grand chefs-d’œuvre du musée d’Orsay. Le tableau, peint en 1867, s'inscrit dans les débuts de la carrière de l’artiste ; il a cependant rejoint les collections nationales au soir de sa vie, en 1921, soit à l’époque où il peint les Nymphéas du Musée de l’Orangerie.
Le musée d’Orsay a souhaité lancer la restauration de cet important tableau pour des raisons principalement esthétiques : le tableau était en effet dans un état de conservation plutôt bon, mais les vernis qui le recouvraient avaient jauni avec le temps et empêchaient la perception du raffinement chromatique de l’œuvre. Le tableau est donc venu au C2RMF où il a d’abord fait l’objet d’une campagne d’imagerie complète et d’un rapport du département restauration. Celui-ci a déjà permis de préciser l’état du support, qui avait parfois été mal décrit ou compris dans le passé (transposition supposée mais non réalisée en 1929 ; déchirure interprétée comme une couture en 1963 et 1987, etc.).
L’observation de la radiographie a quant à elle permis de constater un important repentir au niveau de la femme assise. Elle a également permis de révéler que la femme debout à gauche avait été peinte dans un second temps, avec une matière beaucoup moins radio-opaque que le reste du tableau. Par ailleurs, la réflectographie infra-rouge a permis de découvrir l’existence d’une première signature en bas au centre, aujourd’hui cachée par le gazon vert.
Les restauratrices Bénédicte Trémolières et Séverine Françoise ont ensuite réalisé, en juillet 2020, une étude préalable à la restauration. Celle-ci, en croisant de près sources écrites et observations visuelles, a pu démontrer que le châssis était le châssis original (du fait d’une étiquette de transport correspondant au déplacement en 1866 de l’œuvre de Ville d’Avray à Honfleur via le Havre, où Monet poursuit sa peinture). Elle a confirmé que les déchirures importantes de la toile étaient recouvertes de coups de pinceaux réalisés par Monet lui-même, indice que l’accident a eu lieu lors de la réalisation de la toile. Elle a également confirmé que le tableau avait été rentoilé en 1921, dans une intervention très invasive (quelques fragments de papier journal ayant servi de cartonnage à la face se sont même incrustés dans la couche picturale au centre, sous le bras tendu de la femme à droite) ; les empâtements ont été très écrasés par cette intervention. La gaze utilisée comme interface à l’arrière avec la toile de rentoilage a également marqué la couche picturale à la face.
Lors de cette étude, les restauratrices ont pu tester différents solvants sur les vernis anciens et les repeints ; le gel de solvants acétone-alcool benzylique (80-20) dans du carbopol et éthomeen C25, est apparu efficace et sans danger pour la couche picturale.
L’étude a conclu à la faisabilité et à l’intérêt d’une restauration portant sur les points suivants :
- Le refixage des soulèvements au préalable ou en cours d’allégement des vernis.
- L’allégement des vernis et des restes de colle de cartonnage du rentoilage de 1921
- Le retrait des repeints désaccordés et débordants et des mastics débordants.
- Le masticage et la réintégration des lacunes au centre et sur les bords.
- Le vernissage de l’ensemble en fonction de l’aspect de la couche colorée après les interventions de nettoyage.
Cette restauration a débuté en janvier 2021, menée par Bénédicte Trémolières et Séverine Françoise pour les interventions sur la couche picturale, et Christian Chatellier pour les interventions sur le support toile. Après son passage par les ateliers de restauration de la filière peinture du département Restauration du C2RMF, le célèbre tableau de Claude Monet, Femmes au jardin, a retrouvé sa place sur les cimaises du musée d’Orsay le 1er mars 2022.
Ont travaillé à cette restauration :
- Imagerie scientifique et rapport du département du laboratoire (C2RMF) : Gilles Bastian, Laurence Clivet et Éric Laval
- Restauration de la couche picturale : Bénédicte Trémolières et Séverine Françoise
- Restauration support toile : Christian Châtellier
- Cadre : Ateliers Mariotti.
Ont suivi cette restauration au Département Restauration du C2RMF :
- Matthieu Gilles (conservateur en chef, chef de la filière peinture)
- Clarisse Delmas (responsable d’atelier)
Ont suivi cette restauration au musée d’Orsay :
- Sylvie Patry (conservatrice générale et directrice de la conservation et des collections)
- Anne Robbins (conservatrice peinture)
- Isabelle Cahn (conservatrice générale peinture honoraire)