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© C2RMF Anne Maigret

La reliure de Maastricht : enquête scientifique sur un trésor du XIe siècle

Etude matérielle des émaux, des alliages d’or, des gemmes et du bois | Publié le 12/06/2025

Dans le cadre du projet européen CROWN (2022-2025) qui vise à comparer les chefs-d’œuvre ottoniens réalisés autour de l’an mil, le C2RMF a été sollicité pour analyser les matériaux de la boîte-reliure de Maastricht, conservée au département des Objets d’art du musée du Louvre. L'étude a porté une attention particulière aux émaux, dans une démarche comparative avec les pièces conservées au trésor impérial de Vienne et ailleurs en Europe.

Vue d'ensemble de la boite, celle-ci comporte de riches décors et dans chaque angle, des émaux représentants les 4 symboles des évangélistes
Boîte-reliure : la Crucifixion et les symboles des évangélistes, image numérique en lumière réfléchie © C2RMF Anne Maigret

L’étude de la boîte-reliure ottonienne de Maastricht (n° inv. MR349) s’est centrée sur l’analyse des émaux cloisonnés sur or ornant les quatre médaillons d’angle. L’objectif était de déterminer si les émaux « en plein » (aigle et lion) et les émaux « enfoncés » (ange et taureau), bien que stylistiquement très différents, présentent ou non des variations de composition chimique. En parallèle, l’étude a également porté sur d’autres matériaux constitutifs de l’objet : les alliages d’or utilisés, les gemmes et le bois du support.

Email "en plein" du lion, angle inférieur droit de la face, photographie en lumière réfléchie
Email "en plein" du lion, angle inférieur droit de la face, photographie en lumière réfléchie © C2RMF Anne Maigret

En amont des analyses, l’œuvre a fait l’objet d’une étude préalable en juin 2022, suivie en avril 2023 d’une consolidation et d’un nettoyage des éléments métalliques réalisés par la restauratrice Fabienne Dall’ava. Parallèlement, un constat d’état précis des émaux a été établi entre mars et avril 2023 par la restauratrice Martine Bailly. 

L’objet a ensuite été soumis à un large éventail d’analyses, alliant imagerie (en lumière visible et UV, radiographie X, hyperspectrale, microscopie HIROX) et examens physico-chimiques (spectroscopie XRF, analyses par faisceau d’ions sur l’accélérateur AGLAE, dendrochronologie). Ce travail a été rendu possible grâce à la collaboration étroite d’une quinzaine de professionnel·les du C2RMF, réunissant des expertises complémentaires : scientifiques spécialistes des matériaux et des techniques, régie et installateurs pour la manipulation de l’objet, service de documentation pour la préparation de l’archivage des données, ainsi que le service communication, qui a assuré la couverture des campagnes d’analyses. 

L’ensemble des résultats fera l’objet d’un rapport d’analyses, consultable en 2025 au service de documentation du C2RMF. Quelques éléments importants sont présentés ici. L’imagerie hyperspectrale et la microscopie HIROX ont révélé des détails d’une grande finesse, visibles ici  :

L’analyse des émaux n’a pas révélé de différences chimiques significatives entre les deux types de médaillons. Tous contiennent des verres sodocalciques colorés au cobalt (bleus), au cuivre (verts, rouges), au manganèse (violets), et opacifiés à l’antimoine et au plomb. Issus de sources mixtes — natron et cendres végétales —, ces verres reflètent les évolutions en cours dans l’industrie verrière à l’époque. Du côté des matériaux métalliques, la radiographie X a révélé la structure interne de l’objet, la présence de deux types de fils perlés (creux et plein), ainsi que des traces de martelage. Deux alliages d’or ont pu être distingués (l’un à 93 % et l’autre à 98 % de pureté). L’analyse dendrochronologique a permis d’identifier le bois du support comme étant de l’orme (Ulmus spp.). Enfin, l’analyse par spectroscopie XRF a permis d’identifier seize gemmes ou verroteries, parmi lesquelles des cornalines, émeraudes, améthystes, rubis, quartz chromifères, ainsi que des verres verts et rouges.

Cette étude met en lumière la richesse technologique de la boîte-reliure de Maastricht et souligne l’intérêt majeur des examens et analyses croisées au laboratoire. Grâce au travail collectif des agents et agentes du C2RMF, cette œuvre médiévale exceptionnelle livre aujourd’hui une part de ses secrets matériels et des gestes qui l’ont façonnée. 


Ressources complémentaires : 

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