Photographie de la face en lumière directe © C2RMF - Philippe Salinson

Le Rembrandt du musée d'Épinal : des analyses scientifiques à la restauration

Publié le 22/07/2026

La Mater Dolorosa de Rembrandt, conservée au musée d’art ancien et contemporain d’Epinal, a été confiée au C2RMF pour restauration dans les ateliers de Versailles. Fleuron d’un musée actuellement en rénovation, elle reprendra sa place dans le nouveau parcours permanent à sa réouverture à l’été 2027.

Signé et daté par Rembrandt en 1661, le tableau est encore peu connu. Au XVIIIe siècle, il faisait partie de l'importante collection des Princes de Salm, souverains d'une principauté vosgienne. Confisqué en 1793 lors de l'annexion de leur territoire par la République française, il est affecté en 1828 au musée d'Épinal. La toile représente une vieille femme en position de dévotion, avec un chapelet à la main. Longtemps interprétée comme une simple dévote ou nonne, elle est considérée aujourd'hui comme une "mère douloureuse", c'est-à-dire la Vierge en prière qui souffre de la mort de son fils

pictoProduction d'une imagerie et d'analyses scientifiques de pointe pour mieux connaître l'œuvre et orienter les choix de restauration

Le tableau a été peu étudié, malgré une première venue au Laboratoire de Recherche des Musées de France en 1970. Il présentait une couche picturale chaotique et une lisibilité altérée, avec beaucoup de repeints appliqués lors de différentes campagnes de restauration, et, une matière picturale usée, notamment dans le fond. Il était donc difficile de distinguer les parties originales des parties retouchées.

Un dossier d’imagerie et des analyses scientifiques ont été menés par Philippe Salinson, Eric Laval et Myriam Eveno afin de préciser la nature et l’état de conservation de la matière picturale. Une cartographie par fluorescence X 2D a permis de révéler la présence de smalt altéré dans le fond et dans le manteau de la Vierge. Ce pigment est souvent utilisé par Rembrandt à la fin de sa carrière, y compris dans des zones de couleur sombre, en raison de ses propriétés siccatives et épaississantes.

Il a également été possible de préciser la nature et la localisation de nombreux repeints et zones d’usures. Dans certaines zones du fond, où le smalt se fait plus rare, la présence de fer et de calcium pourrait correspondre à la préparation qui ressort dans les zones d'usures. Dans le visage de la Vierge, la cartographie du plomb indique l'utilisation d'un pigment au blanc de plomb pour figurer la carnation et laisse entrevoir la présence d'un autre visage sous-jacent indiquant un changement de composition.

L'étude du tableau a également révélé des changements de format au cours de son histoire. La signature à senestre est incomplète, ce qui suggère que l'œuvre a été réduite en largeur ; à l'inverse une bande de toile a été ajoutée en partie basse pour l'agrandir.

pictoConseil et expertise avant, pendant et après la restauration

Une consultation auprès de restauratrices indépendantes a été lancée en mai 2026. L’objectif de la restauration est de vérifier l’état structurel du support et d’améliorer la perception esthétique de l’œuvre. Les travaux sont prévus de septembre 2026 à mars 2027.

À découvrir