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© Laurence Clivet

Les Très Riches Heures du duc de Berry, étude et restauration d’un chef d’oeuvre médiéval

Publié le 04/06/2025

Chef-d’œuvre de l’enluminure médiévale, Les Très Riches Heures du duc de Berry sera exposé pour la première fois depuis de nombreuses années lors d’une exposition exceptionnelle au Château de Chantilly. Ce manuscrit exceptionnel, conservé au musée Condé (château de Chantilly), a bénéficié au C2RMF d’une importante campagne d’analyses et de restauration.

Un chef-d'œuvre à travers les siècles

Mois d'octobre, au centre se trouve un immense château et dans les champs au premier plan, un ensemble d'agriculteur en plein labeur
Mois d'Octobre, photographie numérique en lumière réflechie © C2RMF Laurence Clivet

Commandé par Jean de Berry grand mécène et frère du roi Charles V, ce livre d’heures fut conçu au début du XVe siècle pour accompagner les prières quotidiennes du prince. La production de cette oeuvre est entamer par les célèbres frères de Limbourg, qu’ils laissent inachevé. D’autres artistes majeurs du XVe siècle, entre autres Barthélémy d’Eyck et Jean Colombe, viendront ensuite enrichir cette œuvre monumentale. Véritable synthèse des savoir-faire de l’époque, le manuscrit mêle influences flamandes, françaises ou encore italiennes dans une harmonie remarquable.

L’œuvre réapparait à Gênes en 1855, elle est alors acquise par Henri d’Orléans, duc d’Aumale, qui en reconnait rapidement la valeur inestimable. Il l’installe au Château de Chantilly pour l’étudier et en fait don à sa mort, à la seule condition que l’ouvrage ne sorte jamais de ces murs. Composé de 121 miniatures d’une finesse exceptionnelle, dont un calendrier représentant la vie au fil des saisons, le livre est aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de l’enluminure occidentale.

Une restauration essentielle pour une oeuvre qui reste fragile

En vue de l’exposition de 2025, les Très Riches Heures du duc de Berry ont fait l’objet d’une étude poussée au C2RMF. Deux campagnes successives d’analyses ont permis de dresser un état précis du manuscrit. Les chercheurs ont eu recours à l’imagerie scientifique, à la photographie en lumière rasante, à la microscopie, etc. pour identifier des altérations prédominantes sur la reliure et la couture : taches brunâtres, déchirures, lachage des fils de reliure. A côté, sont notés d’infimes pertes pigmentaires dans les enluminures, quelques usures et des craquelures dans le tracé des lettres. Ce dossier complet a permis de débuter la phase de restauration. 

La restauration s’est d’abord concentrée sur la reliure en maroquin rouge du XVIIIe siècle, décorée aux armes des familles Spinola et Serra. Les frottements, les épidermures du cuir, les coiffes fragilisées et les coins émoussés ont nécessité un traitement de surface, accompagné de retouches légères pour redonner au cuir son intégrité visuelle. Les dorures, bien que globalement stables, ont été consolidées.

La couture du volume, refaite au début du XXe siècle, était affaiblie au niveau des nerfs, en particulier au début et à la fin de l’ouvrage, ce qui menaçait la stabilité du livre. Il a donc été décidé de dérelier les deux premiers cahiers, qui seront présentés sous forme de bifolios séparés pendant l’exposition. A son terme, ces deux cahiers seront réintégrés à l’ouvrage et l’intervention sur la nouvelle reliure tentera de limiter  les gondolements sur les feuillets et la couche picturale. Le parchemin des premiers cahiers, fragilisé, a été renforcé. Les lacunes ont été comblées, et les anciennes traces de colle éliminées pour restaurer l’homogénéité du support.

Enfin, la couche picturale, le cœur du manuscrit, a reçu un soin particulier. Là où la peinture était écaillée ou abrasée, des examens au microscope ont permis d’évaluer les risques de décollement. Cela a permis la stabilisation de l’ouvrage par des interventions ponctuelles, au pinceau et à la gélatine inspirées des pratiques appliquées aux Belles Heures du Met Museum. 

Un événement exceptionnel

Grâce à cette restauration sans précédent, le public pourra découvrir pour la première fois avant longtemps les six bifolios du calendrier présentés séparément et simultanément. Une opportunité unique d’approcher au plus près la splendeur intacte de ce chef-d’œuvre médiéval, témoin inégalé de la foi, de la richesse et de l’imaginaire de son temps.

Liste des focus

Très riches heures du duc de Berry, n°158 vu de face en lumière réfléchie, détail sur l'enluminure
Très riches heures du duc de Berry, n°158 vu de face en lumière réfléchie, détail sur l'enluminure © C2RMF Laurence Clivet
Les Très Riches Heures du duc de Berry

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