Aller au contenu principal
coffre fort de revers, vue de trois quarts, couvercle ouvert @C2RMF Alexis Komanda
coffre fort de revers, vue de trois quarts, couvercle ouvert © @C2RMF Alexis Komanda

L’étude d’un exceptionnel coffre-fort de voyage du XVIIe siècle

Coffre-fort au chiffre de Louis XIV réalisé en 1671 par Louis Piau, serrurier du roi Publié le 04/09/2024

Le C2RMF a mené une étude technique exhaustive des matériaux constituant ce coffre-fort de voyage. En effet, le fond du coffre est percé d’un trou permettant de le fixer de manière sécurisée sur un plan prévu à cet effet, qu’il s’agisse d’un piétement ou du plancher d’un carrosse. L’étude matérielle de cette oeuvre, unique en son genre, a été confiée à la filière Arts décoratifs sous le pilotage d’Emmanuel Plé. L’objet est présenté au département des objets d’art du musée du Louvre.

coffre fort de revers, vue de trois quarts, couvercle ouvert @C2RMF Alexis Komanda
coffre fort de revers, vue de trois quarts, couvercle ouvert © @C2RMF Alexis Komanda

En 1671, Louis Piau, serrurier du roi, signait à deux endroits distincts la réalisation de ce coffre-fort. Cette double signature, assez exceptionnelle, suggère la possibilité que la fabrication du coffre n’ait pas été le fruit d’une commande de la Couronne, mais d’une initiative de l’artisan lui-même, désireux d’attirer l’attention sur la qualité de ses travaux, dans l’espoir de se voir par la suite attribuer des commandes. Ainsi, les circonstances probables de sa création expliquent sans doute le caractère très inhabituel de cet objet. Même s’il n’est pas du tout certain qu’il ait jamais servi au roi, bien qu’il porte gravés les armes de France et de Navarre ainsi que le chiffre du souverain, il n’en reste pas moins un des très rares objet subsistants parmi les créations de mobilier du début du règne de Louis XIV. 

L’étude technique des différents matériaux (bois et métal) ainsi que leur mise en œuvre a donc été effectuée en collaboration avec le laboratoire du C2RMF et des collègues de différentes institutions.

La structure bois

La structure de bois en chêne est en relativement bon état. Le retrait dimensionnel des éléments constituant le couvercle, qui lui est en loupe de noyer, a occasionné quelques ruptures, qui ont fait l’objet de comblements. Le filet décoratif est en faux ébène (dalbergia menaloxylon). L’on distingue à la radio des traces de fer de rabot à dents, sur plusieurs endroits, caractéristiques du XVIIe siècle.

Les plaques d’acier et leur décor

Vue du couvercle, détail sur la gravue des décors en acier @ C2RMF alexis Komanda
Vue du couvercle, détail sur la gravue des décors en acier © @ C2RMF Alexis Komanda

Les analyses en vue de déterminer les compositions élémentaires des parties métalliques ont été effectuées par spectrométrie de fluorescence de rayons X. Nous sommes en présence d’un élément massique principal en fer avec des traces de dorure. Probablement au XXe siècle, le coffret a fait l’objet d’une restauration importante au cours de laquelle toutes les ferrures en acier, ont été déposées. Elles ont gardé les traces de cette opération et les clous originaux ont été remplacés par des répliques modernes. La technique employée pour la gravure des décors est en grande partie celle dite « en modelé », procédé par incision renforcée par l’usage d’un marteau venant percuter le burin, propre au travail sur les matériaux particulièrement résistants, comme c’est ici le cas avec l’acier. Elle est complétée par le recours à la taille douce. La facture de la gravure est de bonne qualité mais ne semble pas au niveau de la virtuosité des graveurs sur acier travaillant par exemple sur les armures de prestige. C’est pourquoi, il est très possible que le serrurier qui a porté son nom sur le coffret, Louis Piau, ait été également l’auteur de la gravure. 

 La serrure

Coffre fort de face, avant restauration @C2RMF Alexis Komanda
Coffre fort de face, détail de la serrure © @C2RMF Alexis Komanda

Le mécanisme de la serrure est logé au revers de la face avant du coffre. Il est complété de la plaque auberonnière, fixée sous le couvercle, et de l’entrée de serrure, en façade. 

La plaque compte dix-sept auberons : un au centre pour la fermeture automatique lorsque l’on rabat le couvercle et huit de chaque côté pour chacun des deux pênes latéraux. Chaque demi-tour de clé actionne l’un des pênes : d’abord celui de droite, ensuite celui de gauche, enfin le pêne central. Dans son ensemble, ce dispositif à pênes multiples, de facture soignée et de conception complexe, s‘apparente à celui à celui des coffres forts dits « de Nuremberg », dont la production commence à la fin du XVIe siècle.

Les cartes à jouer 

cartes à jouer coffre Louis XIV
cartes à jouer coffre Louis XIV

Le dévissage de la plaque des auberons, fixée sur la face inférieure du couvercle, a révélé la présence de cartes à jouer pliées en deux qui avaient été utilisées pour servir de calage, suite à la déformation du couvercle du coffre, laquelle peut être survenue très rapidement après son exécution. Ces cartes, au nombre de quatorze, ne portent pas de traces d’usure manuelle et semblent n’avoir jamais été utilisées qu’à cette fin. Il est assez habituel de trouver des cartes à jouer utilisées de diverses manières dès le XVIIe siècle, la plus fréquente étant de servir d’étiquettes. Ces cartes sont percées des trous laissés par le passage des vis de fixation de la plaque. L’irrégularité dans le positionnement des enseignes, tantôt à droite, tantôt à gauche, est caractéristique des cartes parisiennes antérieures à 1701. Leurs revers sont dénués de tout motif, comme il est d’usage pour les cartes françaises jusqu’au début du XIXe siècle. 

Conclusion

La synthèse des observations techniques sur les matériaux et la mise en œuvre, ainsi que les expertises visuelles des différents spécialistes, des interprétations des radiographies et examens scientifiques mais également de la découverte d’éléments de calage composés de cartes à jouer attestées sous le règne de Louis XIV constitue un faisceau de présomptions concordant avec l’hypothèse de la création au XVIIe siècle d’un coffre-fort d’exception, présentant une exécution particulièrement soignée. A ce jour, Il est bien délicat de lui trouver des points de comparaison. Le rapprochement qui vient le plus spontanément à l’esprit, au-delà de la différence des techniques et des usages, est le coffre d’or des pierreries du roi, conservé au Louvre, chef-d’œuvre d’orfèvrerie parisienne, qui était placé du temps du roi dans ses cabinets intérieurs à Versailles.