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Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850, image en lumière réfléchie
Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850, image en lumière réfléchie © C2RMF Laurence Clivet et Alexis Komenda

Restauration du tableau de Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans

Publié le 05/05/2025

De nombreuses œuvres de Gustave Courbet ont été étudiées au C2RMF depuis les années 1950, ce qui a conféré au laboratoire des qualités d’expertise exceptionnelles sur ce peintre. Certains tableaux ont été étudiés dans le cadre de projet de restauration, comme l’Atelier du peintre du musée d’Orsay (2013-2016) ou encore l’Après-dînée à Ornans du musée de Lille (2023-2024). D’autres ont également été confiés au C2RMF dans le cadre de projets d’acquisition, comme le Chêne de Flagey acheté par le musée départemental Courbet d’Ornans. Les références matérielles, stylistiques et historiques obtenues permettent d’étudier aujourd’hui et à l’avenir les autres œuvres de l’artiste.

Le C2RMF a réalisé une série d’examens et d’analyses d’Un enterrement à Ornans et en a confié l’étude à Bruno Mottin, conservateur général et expert du peintre. En 2020, une radiographie et une série d’analyses par spectrométrie de fluorescence X sont réalisées en complément des prises de vue sous différentes lumières et à une réflectographie infrarouge réalisées en 2019. En raison des grandes dimensions de la peinture, toutes les analyses ont dû être réalisées in situ, souvent de nuit et dans des conditions de sécurité particulièrement élaborées. Ce dossier d’imagerie a procuré de nombreux enseignements qui ont amené à une étude historique, matérielle et stylistique, complété par des sources documentaires et archivistiques.

Etat de conservation

L’œuvre est globalement en bon état. Elle est très peu lacunaire, mais son niveau d’abrasion est difficile à évaluer par l’imagerie scientifique. Elle est couverte d’un vernis jauni qui en dénature la perception.

La couche picturale est peu restaurée : vraisemblablement nettoyée en 1881, elle n’a fait l’objet que d’une seule autre intervention fondamentale, en 1943, puis de petites interventions de restauration.

Toile et revers

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Image numérique en lumière rasante depuis la gauche © C2RMF Laurence Clivet et Alexis Komenda

L’œuvre est peinte sur une toile large et grossière, peu serrée, qui semble caractéristique des tableaux faits à Ornans où le peintre a utilisé ce qui était disponible localement. La toile est composée d’un assemblage de trois lés et d’une bande supplémentaire en partie haute. Constituée d’un tissu trop faible, elle semble s’être rapidement déformée. Des traces d’altération limitées ont été observées. Ses dimensions originales ne sont pas connues avec certitude, mais une gravure publiée dans le Musée des Familles en 1851, pourrait en donner un reflet assez fidèle : le tableau pourrait avoir perdu environ 15 cm en hauteur et 8 cm sur les côtés. L’examen des bords montre également que le format de l’œuvre a été modifié. Le revers a été observé par Christian Châtellier (restaurateur), après l’enlèvement des plaques de polycarbonate qui le protégeaient : le tableau n’est pas rentoilé, mais renforcé par des bandes de tension collées en périphéries.

Technique et composition

L’étude de la composition a permis de mieux comprendre la technique utilisée par l’artiste ainsi que le traitement et les spécificités concernant le paysage, les personnages et la signature.

Courbet a étudié sa composition préalablement par un dessin préparatoire, aujourd’hui conservé au musée des Beaux-arts de Besançon, qui présente plusieurs traits communs avec l’œuvre définitive. L’artiste a appliqué sur sa toile une préparation brune, puis a mis en place les figures avec un tracé clair ou brun foncé qui apparaît sur la radiographie sous la forme d’un liseré sombre. Il a ensuite peint une ébauche, avec un mélange de pigments contenant localement un peu de blanc de plomb. Des pointés de fluorescence X ont montré qu’il a associé des pigments traditionnels à certains pigments récents.

Le paysage semble avoir été ébauché assez tôt, au moyen de quelques lignes de contours et d’un ton de fond. En ne peignant pas l’arrière-plan à l’emplacement des futures têtes, l’artiste a évité que le clair du ciel ou des falaises ne transparaisse à travers les parties sombres des personnages. Cela se transcrit sur la radiographie sous la forme de liserés sombres autour des têtes, voire sous la forme de réserves importantes qui trahissent un changement de composition.

Lors du Salon de 1850-1851, le titre donné à l’œuvre est Tableau de figures humaines, historique d’un enterrement à Ornans : ce tableau ne se résume donc pas à une scène de genre, mais se conçoit principalement comme une galerie de portraits de contemporains. Des identifications ont été proposées par plusieurs auteurs, dont Bruno Mottin, pour les cinquante personnages représentés, notamment grâce à la correspondance de l’artiste et au texte Grandes Figures d’hier et d’aujourd’hui de Champfleury datant de 1861.

Numérotation des personnages, relevé de Bruno Mottin C2RMF Bruno Mottin
Numérotation des personnages, relevé de Bruno Mottin © C2RMF Bruno Mottin

Les parties de l’ébauche visibles en radiographie présentent d’importantes variantes par rapport à l’œuvre définitive. La principale modification de composition affecte le prêtre, qui a été reculé de 28 centimètres par rapport à la fosse. Ce changement de composition a eu pour effet de bouleverser l’ensemble de l’organisation. Certaines figures ont été dynamisées, d’autres modifiées ou ajoutées sans dessin préparatoire et les groupes ont changé d’organisation. L’idée d’une procession en « S » apparaît sur l’ébauche, mais se concrétise dans l’exécution peinte par la suppression progressive de plusieurs figures, améliorant ainsi la lisibilité de l’ensemble.

La signature, en bas à gauche, est aujourd’hui très effacée : elle pourrait avoir été effacée volontairement par le peintre après les critiques dont l’œuvre a fait l’objet.

A gauche, en rouge, emplacement des personnages dans la première composition radiographiée ; à droite, le curé Bonnet en lumière directe.
A gauche, en rouge, emplacement des personnages dans la première composition radiographiée ; à droite, le curé Bonnet en lumière directe. © C2RMF Bruno Mottin

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