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Lumière directe, détail après restauration, face
Lumière directe, détail après restauration, face © C2RMF Thomas Clot

UN PORTRAIT ROYAL, UNE VIRTUOSITÉ PICTURALE RETROUVÉE

INV. 1236, DYCK, Antoon van, Portrait de Charles 1er, roi d’Angleterre (1600-1649), à la chasse | Publié le 05/02/2025

HISTORIQUE

Portrait de Charles 1e r, roi d’Angleterre (1600-1649), à la chasse (2,71 x 2,11 m) a été peint vers 1635 par Antoon van DYCK.  Depuis son acquisition en 1775 par Louis XVI, des interventions de restauration sont documentées dans les archives. En 1827, un rentoilage a été réalisé par François-Toussaint Hacquin, suivi d’une restauration par Emile Mortemart. En 1950, une nouvelle restauration de la couche picturale est réalisée par Lucien Aubert. Depuis lors, des bichonnages récurrents ont été entrepris, ils sont à l’origine d’altérations importantes : les nombreux repeints, plus ou moins étendus et opaques ; ainsi que les vernis de restauration, oxydés et présents de manière très hétérogène, affectent l’appréciation esthétique de l’image.

HISTOIRE MATÉRIELLE

RIR, détail repentir dans le positionnement du cheval C2RMF Clarisse Delmas
RIR, détail repentir dans le positionnement du cheval © C2RMF Clarisse Delmas

L’œuvre est réalisée sur une toile constituée de deux lés horizontaux liés par une couture. Elle est fixée sur un châssis à clés, datant probablement du rentoilage de 1827. La peinture est exécutée avec des couleurs à l’huile sur une double préparation, d'abord rouge puis gris clair.

L'imagerie scientifique en réflectographie infrarouge, qui permet de distinguer de fines traces graphiques et d’approcher l'élaboration de la composition, révèle de nombreux repentirs du peintre à l’endroit des personnages et du cheval dont la posture des membres antérieurs et de la tête a été modifiée. 

L'exécution de la végétation est rapide et énergique, tandis que les figures délicates du jeune page et du cheval sont réalisées en demi-pâtes fines et translucides. Une attention particulière semble avoir été porté à la figure du roi, dont le visage,  le pourpoint et les bottes sont travaillés en subtils dégradés. Sa culote rouge exécutée au large coup de brosse sur une sous-couche orangée qui transparait par endroit, semble presque à l’état d’ébauche. 

La couche picturale était couverte de résines de vernis très oxydées, dont la couleur brune gênait l’appréciation des couleurs originales, partiellement opacifiées.

Lumière directe, détail avant restauration, décoloration du glacis rouge.
Lumière directe, détail avant restauration, décoloration du glacis rouge. © C2RMF Thomas Clot

LA RESTAURATION

Après un décrassage de la surface, une sélection de mélange de solvants permettant d’agir, en toute sécurité, sur les couches de vernis et les repeints a été réalisée. Le nettoyage a permis de redécouvrir les qualités de la matière originale et de révéler quelques altérations peu visibles sous les vernis. A l’endroit des personnages, le phénomène de transparence accrue a favorisé la visibilité des repentirs. Sur le ciel, les dégradations du bleu de smalt sont à l’origine de blanchiments et de fines microfissurations de la matière colorée. Au centre du tableau, le drapé que tient le jeune page est rose dans sa partie supérieure et ocre/brun en partie basse ce qui pourrait s’expliquer par la présence d’un repentir très visible et, en même temps, par la décoloration des glacis rouge. 

A l’issue du nettoyage la peinture a été confiée aux restaurateurs support. La couture originale a été atténuée, et la tension reprise ainsi que la planéité de l’œuvre.  Ensuite, les lacunes et les usures ont été réintégrées de façon illusionniste, par les restaurateurs couche picturale. 

CONCLUSION

Ainsi l’élimination des strates non originales, oxydées et couvrantes, permet d’apprécier l’image dans toute son ampleur, et la technique picturale de l’artiste. La restauration a révélé les effets de matière tels que les glacis, les empâtements et les touches vives voulu par van Dyck dans cette œuvre.