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L'homme blessé de Gustave Courbet
L'homme blessé de Gustave Courbet © C2RMF Jean-Louis Bellec

Gustave Courbet étudié et restauré au C2RMF : un travail au long cours

Mis à jour le 03/04/2025

Les œuvres de Gustave Courbet (1819-1877) sont étudiées et restaurées depuis de nombreuses années au C2RMF. La toute première œuvre du maître examinée au laboratoire semble être le Portrait de Proudhon et ses enfants, du musée du Petit Palais, à Paris. Sa radiographie partielle, réalisée en 1953, a confirmé que l’artiste avait bien ébauché un portrait de Madame Proudhon à l’emplacement d’une chaise à présent vide, à droite du philosophe, avant de l’effacer. En 1959, la radiographie de la partie droite des Paysans de Flagey revenant de la foire, du musée de Besançon, a malheureusement mené à des conclusions fausses car on en a déduit, à l’époque, que le tableau n’était pas celui exposé au Salon de 1849 mais une répétition plus tardive, sans comprendre que l’œuvre était bien la composition originale mais coupée sur le côté droit et réagrandie par l’artiste après sa présentation au Salon. Tout image doit donc être interprétée prudemment.

Ces deux radiographies ont donné le coup d’envoi à une étude systématique des tableaux du peintre. En 1972-1973, Marie-Thérèse de Forges, documentaliste au musée du Louvre, et Magdeleine Hours, chef du laboratoire des musées, ont entrepris conjointement l’étude des autoportraits du peintre. Elles ont ainsi observé que ces tableaux étaient fréquemment peints sur une composition préexistante, ce qui enrichissait la connaissance des débuts de l’artiste, et qu’ils ont souvent fait l’objet de repentirs visant à modifier la physionomie du modèle voire à transformer la signification de l’œuvre, notamment dans le cas de l’Homme blessé du musée d’Orsay, des Amants heureux du musée des Beaux-Arts de Lyon ou de l’Autoportrait au chien noir du Petit Palais. L’enquête si fut fructueuse que ses résultats ont été présentés en 1973 dans un ‘Dossier du département des peintures du musée du Louvre’ intitulé Autoportraits de Courbet, qui a révélé au grand public combien l’étude de ce peintre bénéficiait des examens de laboratoire.

Le pli était pris. L’une des premières missions du Labobus, gros important camion bourré d’équipements de laboratoire créé à l’initiative de Magdeleine Hours, eut pour destination le musée d’Art et d’Histoire de Besançon pour y radiographier les tableaux de Courbet. Plus tard, en 1977, Hélène Toussaint réserva une salle entière de l’exposition Courbet du Grand Palais pour y présenter la radiographie à taille réelle de l’Atelier du peintre réalisée par les équipes de photographes du laboratoire et composée de 165 films de format 35 x 43. En 2007, lors de la monographie Courbet présentée à Paris, New York et Montpellier nous pûmes nous appuyer sur plus de 80 radiographies de tableaux du maître pour présenter une synthèse des apports du laboratoire dans la connaissance de l’artiste.

 

Figure 6 – Gustave Courbet, L’Après-dînée à Ornans, 1849, après restauration – © C2RMF / Thomas Clot
Figure 6 – Gustave Courbet, L’Après-dînée à Ornans, 1849, après restauration – © C2RMF / Thomas Clot © C2RMF / Thomas Clot

Depuis lors, plusieurs œuvres ont fait l’objet de restaurations et ont alimenté les recherches. Parmi les restaurations majeures, on citera celle du Chemineau du musée de Dôle, tableau entré au C2RMF comme « attribué à Courbet » et sorti de celui-ci comme une œuvre originale ; on rappellera la délicate restauration des Cribleuses de blé du musée de Nantes, coordonnée par Isabelle Cabillic, et, bien sûr, la restauration exceptionnelle de l’Atelier du peintre, faite dans les salles du musée d’Orsay sous le contrôle constant des équipes des département restauration et recherche du C2RMF, en collaboration avec la conservation du musée. Aujourd’hui même, un autre tableau majeur est en cours de restauration dans les ateliers de Versailles : l’Après-dînée à Ornans, chef-d’oeuvre du musée de Lille.

Plusieurs tableaux nous ont été confiés dans le cadre de projets d’acquisition, comme le Chêne de Flagey brillamment acheté par le musée départemental Courbet d’Ornans. D’autres sont venus pour tenter de résoudre des questions tenant à leur histoire. Ainsi, la publication dans Paris-Match d’une Tête de femme présentée comme un fragment découpé dans la toile de l’Origine du monde nous incité à réexaminer la radiographie de l’œuvre et à faire enlever par une restauratrice les papiers de bordage qui dissimulaient ses tranches. Nous avons ainsi démontré que l’oeuvre conservait ses bords non peints et n’avait donc pas été découpée dans une toile d’où aurait été extraite la tête. Tout récemment, l’étude de La Remise de chevreuils au ruisseau de Plaisir-Fontaine du musée d’Orsay a permis de retrouver les traces d’une composition sous-jacente connue par les textes, représentant La Source d’Hippocrène, tandis qu’une campagne de réflectographie infrarouge réalisée au musée du Petit Palais lors du réaccrochage des œuvres de Courbet a permis d’observer dans certains cas des traces de dessin sous-jacent et d’importants repentirs. 

On sait que l’Homme blessé du musée d’Orsay est peint sur deux compositions sous-jacentes, l’une représentant un portrait de femme, l’autre un portrait de Courbet plus jeune, enlaçant sa compagne de l’époque, Virginie Binet. L’artiste est revenu dix ans plus tard sur la seconde composition pour l’effacer à moitié, en ne conservant que sa seule image, en homme blessé, et en effaçant le souvenir de la femme dont il s’est alors séparé. Cette superposition de couches constituait le sujet idéal pour l’application de certaines méthodes innovantes développées au centre. C’est pourquoi elle a été choisie, en 2014, pour faire l’objet de l’une des toutes premières séries d’analyses par fluorescence X en deux dimensions, par Thomas Calligaro et Eric Laval, et d’une association innovante des techniques de fluorescence X à la microscopie cofoncale XRF, puis de fluorescence X au MEB-EDS, à l’initiative d’Ina Reiche. 

Le mois de mai 2025 marque également le début de la restauration in situ d’Un enterrement à 0rnans, restauration rendue publique par le musée d’Orsay. Pour ce faire, les équipes du Centre ont réalisé le dossier d’imagerie préalable sur plusieurs années. L’étude de l’œuvre de Courbet est donc toujours en cours.

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