Aller au contenu principal
© C2RMF Thomas Clot

Assistance scientifique à la restauration de la Maestà de Cimabue

Publié le 18/06/2025

Dans le cadre de la restauration de l’œuvre la plus emblématique de Cimabue, la grande Maestà du Louvre peinte par Cimabue pour l’église San Francesco de Pise (Louvre, inv.254) et en vue de l’exposition consacrée à l’artiste, le C2RMF est longuement intervenu de 2016-2017 et de 2022-2024 en amont et tout au long de la restauration, moment privilégié pour étudier et comprendre la mise en œuvre d’une peinture.

L'oeuvre se trouve au milieu, c'est un immense panneau de bois rectangulaire (en pointe sur la zone supérieure) elle représente la vierge au centre, avec le christ sur ses genoux et entourée d'anges
La Vierge et l'Enfant entourés de six anges, Giovanni Gualtieri Cimabue, oeuvre après restauration © C2RMF Thomas Clot

Un dossier d’imagerie, une réflectographie infrarouge et une radiographie complète ont été établis en amont de la restauration. Certains examens comme la réflectographie infrarouge ont été
répétés pendant et après le nettoyage. Des observations au microscope, une campagne d’analyse en spectrométrie de fluorescence X, en pointés, ou en cartographie 2D et plusieurs prélèvements ont complété ce dossier. Les investigations menées sur la Maestà se sont confrontées à sa dimension monumentale illustrant la capacité du C2RMF à aller au-devant des œuvres, dans les musées. 

L’étude du support a permis d’enrichir notre connaissance sur l’évolution des pratiques de construction des panneaux peints monumentaux et de reconstituer des étapes de la lourde restauration du XIXe siècle. Les matériaux et procédés identifiés sur la couche picturale de la Maestà se situent dans la continuité des changements opérés au milieu du XIIIe siècle, en Italie avec notamment l’introduction des sous-couches dans les carnations et dans la dorure à la feuille. La fluidité de la matière picturale a permis des jeux de superposition de très fines couches.

Plusieurs procédés techniques semblent apparaître pour l’une des premières fois :amalgame mercure-étain est employé pour le décor de lettres pseudo-cursives du cadre et la subtile superposition de couches de laque rouge sous du lapis-lazuli, d’un usage encore limité, trouvera des prolongements dans les siècles ultérieurs. 

Couverture du technè n° 58
Couverture du technè n° 58 © C2RMF Thomas Clot

Enfin, nombre des matériaux ou procédés décrits dans la Maestà du Louvre sont identifiés dans les premières œuvres du jeune Giotto, notamment le Crucifix de Santa Maria Novella et la Madonna di San Giorgio alla Costa, et réaffirment l’apprentissage de ce dernier auprès de Cimabue. La Maestà était visible dans le cadre de l’exposition et de son catalogue, Revoir Cimabue - Aux origines de la peinture italienne au musée du Louvre, du 22 janvier au 12 mai 2025. 

Enfin, et en parallèle de l'exposition, l'oeuvre de Cimabue a fait l'objet d'un numéro pour la revue Technè, que vous pouvez consulter ci-dessous.

Technè n°58 : Cimabue et la Toscane à la fin du XIIIe siècle : techniques, matériaux et restaurations

À découvrir