Photographie de la commode, vue de face, en cours d’étude © C2RMF - Michel Bourguet

L'étude de la commode d'Élisabeth Alexandrine de Bourbon, mademoiselle de Sens (1705-1765)

La Commode à vantaux à décor de plaques de porcelaine de Sèvres, par Bernard II Van Riesenburgh Publié le 04/06/2026

Original par ses plaques à motifs floraux sur fond vert en porcelaine de Sèvres, et plus encore par son ouverture à deux vanteaux égaux ouvrant en zigzag au moyen d'une serrure décentrée, ce meuble est commandé par le marchand-mercier Simon-Philippe Poirier (vers 1720 – 1785) auprès du célèbre ébéniste Bernard Van Riesenburgh. Il fut livré vers 1760 à Elisabeth-Alexandrine de Bourbon-Condé (1705-1765), dite Mademoiselle de Sens, petite fille de Louis XIV. Joyau de l’ébénisterie du milieu du XVIIIe siècle, il était dans la collection d’Edmond de Rothschild.  En amont de son acquisition par le musée du Louvre, ce chef-d’œuvre a été accueilli au C2RMF pour étude.

 

Photographie de la commode, vue de face, en cours d’étude. © C2RMF - Michel Bourguet

Premiers éléments d'état et d'attribution

L’étude du bâti et de la forme générale de la commode, a permis d'établir, en comparaison avec la production de l’ébéniste Bernard van Riesenburgh (connu sous l’acronyme BVRB), que ce meuble correspondait à ses créations des années 1745 et 1750. Cette observation a été confirmée par l'étude dendrochronologique du chêne, qui donne une date d'abatage du bois au milieu du XVIIIe siècme. Ce n'est vraisemblablement que dans un second temps, vers 1760, que l’ébéniste adapta le meuble (avec les deux vantaux en lieu et place des tiroirs) pour accueillir les plaques de porcelaine qui en font son originalité.

Image numérique en lumière infrarouge, commode en cours d’étude. © C2RMF - Anne Maigret et Alexis Komenda

Le goût du XVIIIe siècle, sur la base d'un réemploi matériel

Demeure la question du bois de placage qui vient orner l’extérieur du meuble. Lorsque la commode est mentionnée dans l’inventaire après-décès de la princesse le 23 avril 1765, elle est dite « de bois de roze ». Or, une étude xylologique, a confirmé que le bois de placage que l’on voit aujourd’hui est une loupe d’if. La question concernant la modification du bois de placage n’a pas encore été élucidée. Il pourrait s’agir d’une intervention engagée entre la fin du XVIIIe siècle et le tout début du XIXe siècle en France ou au Royaume-Uni où la commode est documentée.

Image numérique sous fluorescence d’ultraviolet, commode en cours d’étude. © C2RMF - Anne Maigret et Alexis Komenda

Les plaques en porcelaine de la Manufacture de Sèvres : redécouverte d'un ensemble

La commode est ornée sur sa façade et ses côtés de quatre-vingt-dix plaques de porcelaine tendre produites par la manufacture royale de Sèvres. Les plaques sont de forme carrée à bords chantournés, orientées en diagonale, et portent un décor de bouquet de fleurs dans un cartouche quadrilobé, encadré de vignes à l’or, en réserve sur un fond vert.

Image numérique en lumière rasante, commode en cours d’étude. © C2RMF - Alexis Komenda

Elles sont soient complètent, soient coupées pour s’adapter à la forme des vantaux et certaines sont uniquement de couleur verte sans bouquet. Au revers des plaques se trouvent plusieurs inscriptions à l’émail bleu : la marque de la manufacture de Sèvres avec une lettre-date à l’intérieur, la marque du peintre, et un système de numérotation indiquant l’emplacement de la plaque sur chaque panneau. Une marque en creux du mouleur-répareur est également présente au revers ou sur la tranche de la majorité des plaques. Les observations, examens et analyses menées sur les plaques de porcelaine de la commode ont également permis de constater le bon état général de conservation de ces éléments.

Les bronzes d'encadrement : une étude de l'artisanat

L’étude des bronzes dorés a montré la présence de traces d’outils de ciselure, caractéristiques de celles utilisées et observées sur les bronzes dorés réalisés au XVIIIe siècle. La fonte et la dorure des différents éléments que l'on voit sur les vantaux sont aussi cohérents avec une production réalisée sous l’Ancien Régime en France. Pour autant, on notera qu’il y a une différence dans le traitement de la fonte et de la ciselure entre les bronzes d’encadrement des panneaux de porcelaine, les chutes d’angle et les bronzes dorés qui maintiennent chaque losange de porcelaine. Dans le premier cas, la facture des bronzes dorés est plus aboutie que dans le second cas, sans que l'on sache à ce jour expliquer cette différence.

Céramiques et bronzes du côté droit de la commode en cours d’étude. Image numérique en lumière réfléchie. © C2RMF - Anne Maigret et Alexis Komenda

L’étude de ce meuble exceptionnel par le C2RMF a été fondamentale pour mieux comprendre l'histoire matérielle de la commode qui vient enrichir les collections du musée du Louvre.

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