Tablettes zodiacales conservées au MAN de Saint-Germain-en-Laye
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Les tablettes zodiacales de Grand - Etude d’œuvre

L’analyse matérielle des restes de polychromie.

Publié le 14/05/2024

Depuis leur découverte en 1967, et la tenue d’une table ronde en 1992, ces objets n’avaient fait l’objet d’aucune étude spécifique, notamment en ce qui concerne la nature des matériaux et plus particulièrement des restes de polychromie. La tenue de deux journées d’étude dédiées, accessible en présentiel et en visio, a été l’occasion de réaliser l’analyse complète de l’ensemble des quatre tablettes, exceptionnellement réunies pour l’occasion dans les locaux du C2RMF avant de partir au MAN pour être présenter dans le cadre de « l’objet du moi ». Après quoi, elles seront à nouveau séparer, un diptyque étant conservé au Musée d’Archéologie nationale du Domaine national de Saint-Germain-en-Laye et le second au Musée départementale d’art ancien et contemporain d’Epinal.

Tablettes zodiacales conservées au MAN de Saint-Germain-en-Laye
Tablettes zodiacales conservées au MAN de Saint-Germain-en-Laye

Ces quatre tablettes en ivoire ont été découvertes au fond d’un puits dans le petit village de Grand, une ville de l’est de la Gaule. Avant d’y être jetées, elles ont été volontairement brisées et abandonnées là avec tout un ensemble d’objets hétéroclites (fragment de vaisselles, semelles de chaussure, restes d’animaux domestiques…) permettant de les datées autour du IIe ou IIIe siècle.

Ces tablettes forment deux diptyques, munis de couvercle coulissant et reliés par des fermoirs, avec une même représentation gravée des douze signes du zodiaque. Ils sont tout à fait étonnants, et uniques, du fait de leur style issu d’une tradition égyptienne, de la présence d’inscriptions grecques et coptes, et de leur découverte en Gaule romaine.
 

Leur venue au C2RMF avait pour objectif d’étudier les restes de polychromie jusqu’ici très peu documentés. Pour ce faire, un dossier d’imagerie scientifique, une cartographie de fluorescence des rayons X, couplée à l’analyse de microprélèvements, ont été réalisés.

L’approche analytique multiple, par des techniques non-invasives et sur prélèvements, s’est avérée indispensable au regard de la complexité des matériaux présents à la surface de l’ivoire. En effet, il a fallu avant tout caractériser l’ensemble des matériaux exogènes, issus du contexte d’enfouissement (restes de sédiments, produits d’altérations néoformés) ou de la restauration ancienne (bouchage, cire de protection, produit de moulage).
 

Microphotographie de produits d’altérations néoformés (grains noir bleuté de vivianite) ©C2RMF, Yannick Vandenberghe
Microphotographie de produits d’altérations néoformés (grains noir bleuté de vivianite)

L’étude des prélèvements, par diffraction des rayons X et la réalisation de coupes stratigraphiques, a permis d’établir que la représentation colorée est basée sur l’utilisation de trois couleurs principales, constituées systématiquement de mélanges comprenant : 

  • du cinabre, permettant d’obtenir les couches rouges,
  • de l’orpiment, pour réaliser les couches jaunes,
  • et un composé au plomb, dont la couche est actuellement noir.

Pour ce dernier, de la galène, un sulfure de plomb a été mis en évidence. Cependant, bien que ce composé soit connu comme pigment, son faciès au MEB-EDS est caractéristique d’un produit d’altération. La couleur initiale, encore indéterminée, était donc vraisemblablement autre, peut-être blanche, avec du blanc de plomb, ou orangé, avec du minium.
 

Coupe stratigraphique de la couche picturale jaune à base d’orpiment, renfermant des grains de cinabre et de noir de charbon ©C2RMF, Yannick Vandenberghe
Coupe stratigraphique de la couche picturale jaune à base d’orpiment, renfermant des grains de cinabre et de noir de charbon

Ces trois couleurs, localisées uniquement dans les gravures, étaient complétées de dorure. Si elle ne subsiste qu’à l’état de traces infimes, l’observation de feuille d’or résiduelle sur toutes les zones d’aplat des tablettes tendent à penser que le fond était à l’origine entièrement doré.

Au-delà de la caractérisation matérielle de la polychromie, la réalisation d’une cartographie de fluorescence des rayons X a permis de définir la répartition de ces trois couleurs, avec la cartographie du mercure localisant le cinabre, celle de l’arsenic localisant l’orpiment, et celle du plomb pour le composé indéterminé.

(1) Photographie d’une tablette d’Epinal et (2) montage des cartographies élémentaires par fluorescence des rayons X ©C2RMF, (1) Anne Maigret, (2) Eric Laval / Yannick Vandenberghe
(1) Photographie d’une tablette d’Epinal et (2) montage des cartographies élémentaires par fluorescence des rayons X

Conclusion :

Cette étude a ainsi permis de mieux cerner la mise en couleur originelle de ces deux diptyques. Il reste maintenant à échanger autour de ces résultats afin de les comparer. En effet, si les matériaux employés sont les mêmes, la représentation colorée est sensiblement différente. Faut-il y voir deux mains différentes ? Y a-t-il une notion symbolique dans le choix des couleurs ? Difficile, à ce jour, de répondre à ces questions. 

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