Boîte mémorielle de la Ville de Dreux © Julie Schröter
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Ouverture et conservation-restauration au C2RMF d’une boîte mémorielle trouvée sous la statue de Jean de Rotrou à Dreux

Découverte de la boite mémorielle sous la statue de Rotrou ©Ville de Dreux
Découverte de la boite mémorielle sous la statue de Rotrou ©Ville de Dreux

Une boîte mémorielle en Juin 2021 a été découverte de manière fortuite sous le socle de la statue de Jean de Rotrou à Dreux. La ville de Dreux, propriétaire de la boîte mémorielle, a choisi de faire appel au C2RMF pour l’accompagner dans l’ouverture et la mise en conservation de l’objet. Cette boîte, méconnue et non mentionnée dans les archives, a vraisemblablement été placée là, au même moment que l’érection de la statue en 1866.

Dès sa sortie de fouille, la boîte a été enveloppée dans une enveloppe de film étirable afin de maintenir temporairement les conditions humides d’enfouissement.

Ainsi, en octobre 2021 au C2RMF, cette boîte a été prise en charge par le département de la conservation préventive. Un conditionnement sur mesure a été élaboré pour garantir des conditions de conservation adaptées. Il est nécessaire d’éviter la reprise de corrosion du plomb constituant le coffrage extérieur et l’apparition de fentes en cas d’assèchement brutal de la boîte intérieure en bois.

  • Une poche en film synthétique pare-vapeur suffisamment étanche a été conçue pour stabiliser une humidité relative intérieure élevée.
  • À l’intérieur, des sachets de gel de silice, conditionnés à 80% d’humidité relative ont été placés en quantité suffisante pour maintenir ce pourcentage dans la poche pendant plusieurs mois.
  • Pour contrôler ces conditions en temps réel, un capteur-enregistreur de température et d’humidité relative a également été glissé dans la poche. Ainsi les matériaux constitutifs de l’objet ont pu rester à l’équilibre pendant les opérations.
Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, avant ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux ©C2RMF Michel Bourguet
Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, avant ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux ©C2RMF/ Michel Bourguet
Conditionnement des éléments de la boite mémorielle en milieu sécurisé © C2RMF/ Sophie Lefèvre
  Conditionnement des éléments de la boite mémorielle en milieu sécurisé © C2RMF/ Sophie Lefèvre

 

 

 

 

 

 

 

 

Plusieurs analyses sur la boîte mémorielle ont également été effectuées afin de recueillir des informations sur celle-ci :

  • Un examen par XRF a établi que la boîte était constituée d’une grande feuille de plomb repliée trois fois sur elle-même pour former un fût ; deux autres feuilles de plomb formant les petits côtés sont assemblées par brasure avec un alliage plomb-étain.
  • Des radios ont révélé que cette enveloppe en plomb contient un coffrage en planches de bois assemblées par des pointes en alliage ferreux, à l’intérieur duquel se trouvent deux cylindres gigognes dont le plus petit semble contenir un document roulé sur lui-même.
  • Un examen par endoscope a permis de comprendre que le plus grand cylindre est fait d’un métal blanc fortement corrodé.
Radiographie de la boîte mémorielle de la Ville de Dreux, avant ouverture ©C2RMF Elsa lambert
Radiographie de la boîte mémorielle de la Ville de Dreux, avant ouverture ©C2RMF/ Elsa lambert
Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, en cours d’ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux © Julie Schröter
Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, en cours d’ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux © Julie Schröter

Nous nous trouvons en présence d’un dispositif sophistiqué composé d’une série de contenants successifs (enveloppe en plomb, coffrage en bois, cylindre en plomb, tube en verre), maintenus en place et rendus hermétiques par différentes précautions (calage du cylindre, bouchage hermétique du tube en verre) et renfermant un document.

La première phase de l’étude (avril 2022) consiste dans l’ouverture de la boîte, la documentation et la dépose de son contenu suivant les méthodes de la fouille en laboratoire ainsi que la mise en conservation de ses éléments constitutifs.

Des interventions réalisées par deux conservatrices-restauratrices expérimentées dans le traitement des métaux, des objets composites et la fouille archéologique, se sont déroulées du 11 au 15 avril 2022 dans les ateliers archéologie du pavillon de Flore.

Compte tenu de la toxicité des particules de plomb, les opérations générant de la poussière de plomb (incision pour l’ouverture de la boîte et retrait des produits de corrosion) ont été effectuées dans le cadre d’un protocole de sécurité visant à protéger les restauratrices et l’ensemble des usagers des ateliers.

Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, en cours d’ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux ©Julie Schröter
Boîte mémorielle de la Ville de Dreux, en cours d’ouverture, conservée au musée d’Art et d’Histoire de Dreux ©Julie Schröter

La face supérieure de l’enveloppe en plomb a été incisée et déposée. La face supérieure du coffrage en bois a été déposée après retrait des pointes d’assemblage. Le cylindre en métal, déjà observé sous endoscope, calé par un morceau de papier journal dont quelques mots peuvent être déchiffrés, s’est révélé être en plomb.

L’une des extrémités a été incisée, ce cylindre contenait un tube en verre, dont l’extrémité évidée était occultée par un bouchon en liège recouvert d’un scellement en cire. Ce bouchon déposé, les restauratrices ont découvert le contenu de la boîte mémorielle : un document en papier enroulé sur lui-même. Très endommagé par l’humidité qui avait pénétré jusqu’à lui, il a malgré tout pu être déposé.

Le coffrage en bois a été déposé au prix d’une incision supplémentaire de l’enveloppe en plomb. Il présente sur une face les restes d’une étiquette sur laquelle l’inscription est impossible à déchiffrer. Il n’a pas été possible de dissocier le tube en verre du cylindre en métal dont il est solidaire. L’intérieur du tube a donc été documenté par un examen à l’endoscope.

Aucune perte de matière n’est à déplorer. Les matériaux organiques (coffrage en bois, bouchon en liège et cire, document en papier), fortement altérés, très humides voire gorgés d’eau, sont conditionnés dans des poches hermétiques, sous anoxie, à 6°C. Les éléments en plomb, fortement corrodés et pulvérulents, sont conditionnés dans des poches hermétiques avec HR stable à 45%.L’ensemble des éléments sont contaminés par les abondants produits de corrosion du plomb.

Une consultation ultérieure (automne 2022) débouchera sur la conservation-restauration des matériaux en présence.

Département de la conservation préventive :

  • Maroussia Duranton
  • Jocelyn Perillat

Département recherche :

Groupe imagerie :

  • Elsa Lambert

Groupe objet :

  • David Bourgarit

Département restauration :

Filière archéologie :

  • Manuel Leroux
  • Sarah Busschaert

Conservatrices-restauratrices indépendantes :

  • Julie Schröter
  • Clotilde Proust

Photographe indépendant :

  • Michel Bourguet

 

 

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